Notre lettre 1383 publiée le 12 juin 2026
NUIT BLANCHE À PARIS
DES CATHOLIQUES S'OPPOSENT
AUX DÉTOURNEMENT DES ÉGLISES

Lors de l'édition 2026 de la nuit blanche, plusieurs églises et chapelles de Paris ont accueilli des évènements artistiques - principalement des diffusions sonores. Danses à Saint Louis en l'île, bruits du quotidien à Saint Laurent, etc. contenus pas forcément profanatoires, mais profanes et qui en tout état de cause détournent les églises de leur vocation cultuelle. Des catholiques se sont rassemblés pour prier des chapelets de réparation - à Saint Louis en l'île, sans heurts.
En revanche à Saint Laurent la police est intervenue et les a évacués de l'église, puis de ses abords, plusieurs personnes ont été arrêtées. La ville de Paris accuse les fidèles d'avoir bousculé la mairesse du Xème arrondissement et annonce avoir porté plainte.
La nomination de Barbara Butch comme directrice artistique de l'événement - connue pour sa participation au tableau de la Cène lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Paris - un véritable blasphème public - a participé à inquiéter les catholiques de la capitale et à jeter l'opprobre sur la Nuit blanche.
Pourtant comme le précisait Riposte catholique le 21 mai dernier, citant le curé de Saint Laurent, le spectacle n'était pas profanatoire
"Le spectacle donné à Saint-Laurent consistera en une musique sur le thème céleste, diffusée toute la nuit. Trois vigiles assureront la sécurité. Elle est décrite ainsi sur le site de la Nuit Blanche : « Sous la peau du ciel est une membrane invisible tendue entre les cœurs humains et l’atmosphère, une installation conçue comme une surface sensible, où des voix anonymes venues du monde entier déposent leurs souhaits, leurs désirs, leurs prières les plus intimes. Ces voix ne restent pas intactes. Collectées via une plate-forme d’écoute en amont de la manifestation, elles traversent à présent le ciel, se transforment, se mêlent aux coups de foudre, cartographiées en temps réel à travers le monde. Alors naît une matière sonore vivante et mouvante, faite d’intimités dispersées et d’énergies célestes. L’œuvre respire comme une peau : elle capte, transmet, vibre. Elle rend audible ce qui d’ordinaire reste enfoui, une cartographie sensible des désirs humains, à l’échelle planétaire. Présentée pour la première fois, Sous la peau du ciel propose une expérience à la fois collective et intime".
Mais on peut légitimement se demander si cela a sa place dans une église, qui n'est ni une salle de spectacle, ni une salle polyvalente, mais un espace sacré fait pour prier et louer Dieu.
Catholiques arrêtés pour avoir prié dans une église : "quelque chose ne tourne pas rond, n'est pas juste".
Nous avons reçu un témoignage sur les évènements à Saint Laurent, église située près de la gare de l'Est :
"Après la messe de 18 h 30, une bonne soixantaine de jeunes catholiques se sont positionnés à genoux devant l'autel. Le prêtre a enlevé le saint sacrement du tabernacle et il a emporté le Ciboire vers la sacristie.
Les jeunes ont commencé à entonner des Ave Maria, pendant que les autres préparaient les éclairages au bas des piliers à l'intérieur. Le Prêtre a demandé aux jeunes de sortir mais ceux ci continuaient de chanter les Ave Maria à genoux. C'était beau à voir.
Quelques policiers sont arrivés, les ont laissés tranquilles un long moment. Puis ils les ont obligés à sortir. Les jeunes se sont alors installés à genoux sur le parvis de l'église, tout près de l'entrée de la grande porte pour faire barrage. Les policiers les ont encore laissés tranquilles un bon moment.
Puis une multitude de CRS sont arrivés et ont essayé de les dégager mais les jeunes se tenaient fermement les uns aux autres. Ça a duré encore une bonne demi-heure. J'étais un peu à l'écart, avec un autre jeune homme et une jeune fille. Un homme a rouspété après le prêtre qui était très ému, le pauvre. J'ai défendu le prêtre. J'ai dit que ce n'était pas de sa faute. Le prêtre a expliqué que c'est le curé qui a autorisé, sur la demande d'Ulrich... J'ai manifesté mon vif désaccord vis à vis d'Ulrich. Le prêtre n'a pas relevé.
Un peu plus loin, j'ai rejoint un jeune d'une autre paroisse et une jeune fille. Nous chantions les Ave Maria près des jeunes. C'était vraiment touchant.
Il y avait d'autres gens qui regardaient, quelques uns chantaient aussi dont un monsieur âgé qui était tout près des jeunes auparavant à l'intérieur de l'église.
Une autre armée de CRS est arrivée pour dégager les jeunes. Certains ont été fouillés. Mais ils étaient inoffensifs, les pauvres, très courageux.
On nous a demandé d'aller encore plus loin.
Je suis revenue ensuite devant l'église. Toujours des armées incroyables de cars et de CRS. Auparavant, un jeune nous a expliqué qu'il avait demandé à un policier s'il était croyant. Le policier a répondu qu'il était catholique et il a fait comprendre qu'il ne pouvait pas "faire autrement" mais il était très gentil. En général, tous les policiers étaient gentils, on voit bien qu'ils comprennent que quelque chose ne tourne pas rond, n'est pas juste".
Un cadre légal des concerts foulé aux pieds par l'archevêché de Paris
Plus tôt dans la journée, un fidèle de Saint Laurent était passé dans l'église : "toutes les chaises de l'arrière de la nef avaient été enlevées et empilées dans les chapelles, il y avait des caissons de sono jusque sous les reliquaires et partout dans la nef, des câbles et une borne devant l'église annonçant la nuit blanche".
Il existe pourtant un cadre légal qui régit les concerts dans les églises, et notamment matérialisé par un document de l'archevêché de Paris. Le principe - comme le rappelle Riposte catholique - est que" tant le droit canonique que la loi de 1905 considèrent que les églises doivent être en priorité affectées aux activités cultuelles, et ne pas être détournées de leur destination".
Au moment de l'affaire du concert de Carnac - qui lui était profanatoire et a été empêché par trente Bretons en prière à la porte de l'église Saint Cornely, Riposte catholique exposait en détail ce cadre légal :
''Il convient de rappeler que les églises en tant que bâtiments servent d’abord de lieu de rassemblement du Peuple de Dieu et de célébration des sacrements et autres actions liturgiques. Il ne s’agit donc pas de lieux « publics » disponibles pour des réunions de tous genres.
Le texte romain commente le canon 1210 du Code de Droit canonique qui stipule de respecter le caractère sacré de l’église en excluant a priori ce qui ne relève pas du culte. On ne devrait donc admettre à l’église en matière musicale que la musique à caractère liturgique (donc prenant place dans la célébration liturgique).
"Il n’est pas légitime de programmer dans une église l’exécution d’une musique qui n’est pas d’inspiration religieuse et qui a été composée pour être exécutée dans des contextes profanes précis, qu’elle soit classique ou contemporaine, d’un haut niveau ou populaire : cela ne respecterait ni le caractère sacré de l’église ni l’œuvre musicale elle-même".
Et en tout état de cause, "On n’occupera jamais le chœur de l’église et on respectera en toute circonstance l’autel, l’ambon et le siège du célébrant. Le Saint Sacrement aussi sera respecté voire transféré en un autre lieu".
A Saint Laurent, seule cette dernière disposition a été respectée - une fois de plus, si l'archevêché de Paris avait respecté les dispositions légales et canoniques des concerts dans les églises, la loi de 1905 et ses propres documents, les concerts de la nuit Blanche dans les églises affectées au culte n'auraient probablement pas eu lieu.
Les questions de responsabilité convergent vers Mgr Ulrich qui a cédé au "monde" et a permis le détournement d'églises affectées au culte pour des usages non culturels... Paris manque tant que ça de marchés, d'autres bâtiments communaux ou de lieux culturels, qu'on doive utiliser les églises comme salles de concert ?
Des concerts pour remplir (enfin) les églises : mode d'emploi de la profanation tranquille
Ces jours ci, nombreux sont les concerts dans des églises, à Paris et ailleurs. Et si beaucoup accueillent de la musique religieuse, locale ou classique, d'autres prêtres n'hésitent pas à laisser faire n'importe quoi.
Ainsi à Villers Cotterets dans le sud de l'Aisne, l'église fait salle comble pour le concert de la chorale la Salamandre. Et celle ci n'hésite pas à interpréter des morceaux complètement profanes, notamment du Jean Ferrat. Derrière la chorale, installée entre l'autel moderne et celui de la messe tridentine au fond du chœur, la lampe du saint sacrement brille.
Interrogé par un fidèle, le curé provisoire - le titulaire, un Fidei donum africain, a été suspendu au printemps pour des faits de nature sexuelle qui ont donné lieu à une plainte - assume ne pas avoir retiré le saint sacrement : "là où 200 personnes sont réunies en mon nom je suis parmi eux". Mais la citation de la Bible n'est pas pertinente puisque si l'église est pleine, elle ne l'est pas au nom de Dieu, mais pour écouter une chorale laïque. Quand on sait que le curé en question n'est autre que l'administrateur apostolique du diocèse de Soissons, sans évêque depuis le départ de Mgr Dinechin pour Soissons, on ne peut être que interloqué...
Six catholiques en garde à vue : prier est il devenu un délit ?
Suite à l'intervention de la police contre les fidèles en prière à Saint Laurent, des heurts ont eu lieu. La ville de Paris accuse aussi les fidèles rassemblés d’avoir agressé la mairesse du Xe arrondissement et annonce avoir porté plainte. La Ville dans son communiqué s’en prend aux « militants intégristes d’extrême droite » qui ont organisé « une prière de rue » et tenté d’empêcher le concert. Mais comme le relève Riposte catholique, "c'est en partie démenti par les images où on voit des fidèles en train de dire et chanter le chapelet, à genoux à l’extérieur de l’église".
Au soir du dimanche 7 mai, six fidèles en prière étaient toujours en garde à vue : "deux d’entre elles sont soupçonnées de violences volontaires contre la maire socialiste du 10e arrondissement, Alexandra Cordebard, et le député écologiste Pouria Amirshahi, qui ont rapporté avoir été bousculés. Les quatre autres ont été placées en garde à vue pour participation à un attroupement après sommation de se disperser", indiquait le Monde.
Toujours est-il qu'il semble moins risqué pour des délinquants de mettre les Champs Elysées au pillage que pour des fidèles catholiques de prier dans leurs églises. Une fois de plus l'inversion des valeurs est au pouvoir, et visiblement avec la bénédiction de Mgr Ulrich.




