Notre lettre 730 publiée le 21 janvier 2020

LA LITURGIE TRADITIONNELLE EST CÉLÉBRÉE PRATIQUEMENT TOUS LES JOURS AU SAINT-SÉPULCRE

Notre collaborateur João Silveira s’est récemment rendu en Terre sainte pour savoir précisément ce qu’il en était, en ce lieu de pèlerinage universel, de la célébration de la messe latine traditionnelle. Il y a constaté, ce qui est une grande consolation, qu’elle était bien implantée à Jérusalem. Bien plus que quelques pierres et ruines, c’est une sorte de trace bien vivante du Royaume chrétien de Jérusalem qui demeure sur les lieux saints, et un témoignage, par la « messe de toujours », comme on dit, de la pérégrination incessante, depuis toujours, des catholiques romains vers la Ville sainte.


Paix liturgique - Comment vous est venue l’idée de vous rendre en Terre sainte ?

João Silveira – Contrairement à ce qui se raconte, j’ai découvert qu’était célébrée au moins une messe dominicale selon l’usus antiquior à Jérusalem, mais comme je n’avais que très peu d’information sur cette célébration et sur les fidèles qui y assistaient, j’ai pris la décision de réaliser un voyage d’exploration vers le Pays du Christ pour en savoir plus.


Paix liturgique – Qu’avez-vous découvert ?

João Silveira – Que la réalité était encore plus riche, mais aussi plus complexe que prévue. J’ai en effet d’abord constaté qu’il était bien célébré, chaque dimanche à 8h 30, une messe selon l’usus antiquior dominicain (*) dans la chapelle de l’Hospice autrichien (**) qui se trouve au cœur de la veille ville à quelques centaines de mètres du Saint-Sépulcre et qu’elle y était aussi célébré également au moins trois fois en semaine. La célébration du dimanche existe maintenant depuis à peu près deux ans et réunit un petit nombre de fidèles.


Paix liturgique – Pourquoi un petit nombre ?

João Silveira – Pour la bonne raison qu’il y a très peu de catholiques de rite latin en Terre sainte et encore moins à Jérusalem. De ce fait, les assistants à cette messe sont surtout des étudiants, religieux ou laïcs qui constituent le gros des fidèles. Précisons cependant que certains d’entre-deux sont susceptibles de rester plusieurs années en Terre sainte. Du fait que ces fidèles vont rester un certain temps à Jérusalem, et sont ensuite remplacés par d’autres, cela permet de parler d’un groupe stable comme l’expérience le démontre, puisque ce groupe demeure et se renouvelle.


Paix liturgique – Il n’y-a donc pas de catholiques latins du pays ?

João Silveira – Je vous l’ai dit, ils sont peu nombreux à Jérusalem et puis les choses sont difficiles pour eux. Un des fidèles m’a parlé d’une catholique palestinienne qui assistait il y a quelques temps chaque dimanche à la liturgie traditionnelle qu’elle avait découverte grâce à un ami norvégien, mais qui, parce qu’elle vit dorénavant à Nazareth, ne peut plus assister à cette messe qui est trop éloigné de sa nouvelle résidence.


Paix liturgique – Pouvez-vous nous en dire plus sur les fidèles ?

João Silveira – Deux aspects m’ont impressionné. D’abord ils sont tous jeunes, comme partout dans le monde d’ailleurs, et ils viennent du monde entier par exemple sur les 17 fidèles qui assistaient à la messe du 15 décembre 2019, il se trouvait deux fidèles américains, un brésilien, un français, un allemand et au moins un anglais, et d’autres encore, mais je n’ai pas réussi à parler à tous. Et tout naturellement l’unité romaine s’est manifestée par le latin du rite, une belle chorale ayant magnifiquement chanté tout le propre et le Kyriale. Ce fut une belle messe très pieuse.


Paix liturgique – D’autres surprises ?

João Silveira – En effet car en sus des messes célébrées dans l’Hospice autrichien j’ai fait plusieurs découvertes. Tout d’abord celle de la grande présence de pèlerins traditionnels. Cela peut paraitre évident, mais j’ai été surpris de croiser plusieurs groupes de pèlerins, notamment animés par la Fraternité Saint-Pie-X qui ont pu célébrer à peu près où ils voulaient et notamment au Saint-Sépulcre ou j’ai assisté à plusieurs messes qu’ils y ont célébrées. Ces pèlerins de toutes nationalités attachés à l’usus antiquior m’ont une fois encore montré l’aspect universel du mouvement en faveur de la liturgie traditionnelle : j’ai rencontré des pèlerins traditionnels du Canada, de France mais aussi de Singapour et du Japon.

Une autre surprise a été de rencontrer de nombreux religieux et prêtres vivants en Terre sainte qui aimaient, connaissaient et souvent célébraient selon l’usus antiquior. Par souci de discrétion je ne donnerai pas davantage de précisions mais de voir un religieux d’une abbaye plutôt moderne de Terre sainte me dire qu’il y est le plus jeune des prêtres de sa communauté et qu’il lui arrive de célébrer souvent la liturgie traditionnelle vous réchauffe le cœur. De même de voir un futur franciscain de la Custodie (***) me tenir le même langage est un grand motif d’espérance, ou encore de voir un prêtre d’Amérique qui vit ici célébrer chaque jour la liturgie traditionnelle, et aussi une petite communauté de sœurs contemplatives qui arrivent à vivre leur vie religieuse au rythme de la liturgie traditionnelle dans leur chapelle privée.


Paix liturgique – A ce propos, qu’elle est la position de la Custodie de Terre sainte vis-à-vis de la liturgie ?

João Silveira – Globalement les franciscains de terre sainte, surtout ceux venus de l’Amérique latine, ne sont pas très traditionnels, cependant certains particularisme de la Terre sainte permettent de conserver la Tradition. Ainsi, lorsque j’ai rencontré le père Stefan qui est responsable de la liturgie à la Custodie, celui-ci m’a rappelé qu’en Terre sainte l’usage était pour les latins d’utiliser le latin comme langue liturgique et de conserver des usages, comme les processions qui, bien qu’ayant disparu partout ailleurs, se sont maintenues en raison de la cohabitation avec les autres communautés chrétiennes en Terre sainte, qui font beaucoup de processions ! Ce qui fait que la liturgie latine, qui a pratiquement disparu partout dans les églises, est encore vivante dans celles de Palestine. Le père Stefan m’a montré les fascicules avec texte en latin qu’ils utilisaient pour aider les pèlerins à suivre les offices.


Paix liturgique – Avec le Vetus Ordo ?

João Silveira – Pour l’instant avec le Novus Ordo, mais je sais qu’ils travaillent à la réalisation de ces mêmes fascicule selon le Vetus Ordo, « car il n’y a pas de raison qu’il ne soit pas présent », m’a dit le P. Stefan. Ce qui est bon signe. Je pense que cette évolution n’est pas sans rapport avec le grand nombre de pèlerins traditionnels qui viennent pérégriner en Terre sainte. C’est un vrai miracle : la liturgie traditionnelle est célébrée pratiquement tous les jours au Saint-Sépulcre.


Paix liturgique – Avez-vous fait d’autres rencontres ?

João Silveira – Une rencontre surprenante fut celle que j’ai eue avec « Le Peuple vert ».


Paix liturgique – Le Peuple vert ? Ce sont des catholiques écologistes ?

João Silveira – Mieux que ça : ce sont des catholiques qui aiment la liturgie traditionnelle ! Je les ai vu pour la première fois au Saint-Sépulcre ou ils récitent quotidiennement les laudes et les vêpres et ensuite à la messe célébrée à l’hospice autrichien, ceux sont des personnes vêtues de vert, qui pour cela sont appelés par ceux qui les voient et les connaissent : « le peuple vert ». C’est une communauté missionnaire allemande qui œuvre auprès des plus pauvres, pour leur faire mieux connaitre et suivre Jésus-Christ, et qui œuvre dans de nombreux pays du monde, par exemple au Mexique et au Congo, et aussi à Jérusalem…

Leur charisme est axé sur le chant d’où le nom qu’ils se donnent de « Harpa Dei Sacred Music », mais leur vrai nom est « Agnus dei ». Et ils sont très attachés à la liturgie traditionnelle.


Paix liturgique – Quelle impression générale vous a laissé ce voyage-pèlerinage ?

João Silveira – Vous avez raison de parler de pèlerinage, car même si j’ai essayé de remplir ma mission d’exploration et de contact, le plus fort a été de se trouver dans les pas du Christ, dans la ville où il a prêché, où il est mort et où il est ressuscité. Je ne vous étonnerai pas en vous disant que mon émotion fut très intense de passer une nuit complète en prière au Saint-Sépulcre et de pouvoir y assister à plusieurs messes célébrées selon l’usus antiquior.


Paix liturgique – Et sur votre enquête proprement dite sur la messe traditionnelle ?

João Silveira – J’ai eu l’incroyable surprise de voir dans un pays, où officiellement presque rien n’existe dans l’esprit de la tradition, d’y découvrir qu’elle était de fait jeune, nombreuse, vivante et universelle à l’image de ce qu’est la foi et la conviction de tant de catholiques du monde entier aujourd’hui. Deo gratias, Dieu en soit loué !


* Les dominicains ont un rite (ou plus exactement un usage) liturgique latin propre, comme les chartreux, les carmes, qui comporte de petites particularités qui le distinguent du rite romain. Par exemple, le prêtre offre en même temps le pain et le vin, la patène étant posée sur le calice, en disant une seule prière, au lieu de distinguer l’oblation du vin de celle du pain.

** Maison d'hôtes, dans un bâtiment qui servait autrefois d'hospice pour les pèlerins autrichiens.

*** Une custodie, dans l’ordre franciscain, est une circonscription. La plus importante d'un point de vue historique et symbolique est la custodie de Terre sainte, responsable des intérêts catholiques en Terre sainte, et notamment de la garde des Lieux saints de Jérusalem, depuis le XIIIe siècle.

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