Notre lettre 716 publiée le 16 octobre 2019

ROBERT CHARLEBOIS SUR LA "REVOLUTION TRANQUILLE" AU QUEBEC



Le chanteur québécois Robert Charlebois n’est pas connu pour ses positions religieuses ou pour une quelconque appartenance à la mouvance traditionnaliste, mais aujourd’hui âgé de 75 ans (il est né à Montréal le 25 juin 1944), il se trouve, au hasard d’un entretien, être un témoin intéressant de la révolution religieuse qui s’est produite au Canada dans les années 60, c’est-à-dire à l’époque du second concile de Vatican. Voici les faits.

Robert Charlebois était invité le dimanche 13 octobre 2019, sur Europe 1, par le journaliste Fréderic Taddéï dans le cadre de son émission « En balade » où, pendant plus d’une heure, il fait parler ses invités de leur vie, de leurs passions et de leurs souvenirs.

Au milieu de la promenade voilà que le journaliste met sur la table le sujet religieux d’une manière peu sympathique. Cela s’explique par les origines progressistes de Frédéric Taddeï, journaliste, fils d’un père italien, d’une famille bourgeoise de l’ouest parisien, ancien chroniqueur du très classique Figaro magazine. Mais qu’importe, car sa question va permettre à Robert Charlebois de nous donner sans passion une explication lapidaire de la fameuse « Révolution tranquille » qui a bouleversé radicalement la société québécoise au milieu des années soixante du siècle dernier, et dans laquelle l’esprit de Vatican II et la réforme liturgique ont joué un rôle central. D’un monde qui était resté une sorte d’ilot de chrétienté, elle a fait une société sécularisée au dernier degré, dont a disparu pratique religieuse, présence du clergé séculier et religieux, vocations, médias catholiques, références religieuses des hommes politiques, morale familiale, familles nombreuses.


VOICI LA RETRANSCRIPTION PRESQUE INTEGRALE DE CETTE PARTIE DE L'ENTRETIEN 


Frédéric Taddeï - Vous avez été élevé dans un Québec qui, à l’époque, était catholique intégriste. A l’époque c’était presque comme des salafistes.

Robert Charlebois - Oui il y avait des religieux, des religieuses, des frères et des curés partout et c’est chez eux que j’ai été à l’école et c’est une religieuse qui m’a appris la musique.

Frédéric Taddeï - Mais ce qui est intéressant c’est que dans les années soixante tout cela s’est écroulé à une vitesse incroyable alors que l’emprise du catholicisme sur le Québec était énorme et qu’en quelques années elle a presque totalement disparu…

Robert Charlebois - C’est quand ils nous ont mis la messe en français qu’ils ont perdu 80% de leur clientèle ! D’un coup les gens n’ont plus trouvé de mystère, ce n’est rien que cela… Vous pensez, dire « Le Seigneur est avec vous » et répondre « Avec votre esprit » c’est ridicule…


FIN DE CETTE PARTIE DE L’ENTRETIEN


Robert Charlebois est né en 1944 au sein de de la très grande bourgeoise québécoise et a naturellement il a vécu toute sa jeunesse dans une atmosphère complètement catholique, les questions religieuses ne lui sont en aucun cas étrangères. Mais ce sont tous les niveaux de la société qui, jusqu’au milieu des années soixante, vivaient au sein du réseau serré d’institutions catholiques, dont la situation bretonne de la même époque donnait une certaine idée, mais plus faible, dans la mesure où au Québec, les institutions politiques restaient encore profondément catholicisées. C’est ainsi qu’il a vécu dans sa jeunesse dans le cœur de Montréal et que comme tous les jeunes canadiens de l’époque il a connu l’omniprésence du clergé dans le système éducatif, qu’il eut du mal à supporter, mais où il eut l’occasion de se mettre au piano…

C’est donc plus qu’une parole « en l’air », mais bien le souvenir précis d’un effondrement qui a profondément marqué sa génération, un peu semblable psychologiquement à celui qu’avait été le souvenir de la débâcle de 1940 pour la génération française antérieure, qu’évoque la réponse de Robert. Dans son raccourci, elle vaut de longues explications sociologiques : l’Eglise s’est suicidée.

D’ailleurs, son interlocuteur Fréderic Taddeï, conscient sans aucun doute qu’il venait de toucher un sujet délicat sur lequel le chanteur risquait d’épiloguer, préféra changer immédiatement de sujet…


LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE


1 - Le témoignage de Robert Charlebois, connu comme rocker et artiste de variété, s’inscrit dans la ligne de Brassens et de sa chanson « Tempête dans un bénitier », dont on rappelle les premières paroles : « Le souverain pontife avecque Les évêques, les archevêques, Nous font un satané chantier. Ils ne savent pas ce qu'ils perdent, Tous ces fichus calotins, Sans le latin, sans le latin, La messe nous emmerde. A la fête liturgique, Plus de grand's pompes, soudain, Sans le latin, sans le latin, Plus de mystère magique. Le rite qui nous envoûte S'avère alors anodin, Sans le latin, sans le latin, Et les fidèl's s'en foutent. 0 très Sainte Marie mèr' de Dieu, dites à ces putains  De moines qu'ils nous emmerdent Sans le latin (1). Brassens et Charlebois sont des hommes qui a priori ne sont pas impliqués dans les questions religieuses, mais qui n’en pensent pas moins, faisant remonter ce que nous savons être les opinions du plus grand nombre de nos concitoyens de France ou ici du Québec.

2 - Ce cri du cœur nous ramène 60 ans en arrière, aux temps des débuts des innovations liturgiques qui, quoi qu’on ait pu nous dire, ne furent pas souhaités par les fidèles – « Je ne suis pas le seul, morbleu ! », chantait Brassens – mais par des intellectuels, des « spécialistes » cléricaux parfois auto-proclamés – des « calotins » –, des universitaires qui « Eux » savaient ce dont le petit peuple des croyants avait besoin… Les faits ont démontré d’une manière évidente l’erreur terrible de cette révolution, pas si tranquille que ça. Robert Charlebois qui connait bien son Québec dit « 80 % », ce en quoi il n’a pas tort en parlant d’un pays d’où le catholicisme a presque disparu, mais chez nous aussi les faits parlèrent d’eux-mêmes quand on vit en 10 ans les églises, les paroisses et les séminaires se vider presque entièrement.

3 - C’est un aspect des choses que beaucoup, même des meilleurs, ont semblé ignorer qu’il n’était pas nécessaire d’être un grand latiniste, ou un érudit pour apprécier une liturgie en latin qui aidait le fidèle à entrer dans le mystère de Dieu, à se recueillir, à s’échapper quelques instants de la banalité du monde et que ce trésor d’invitation à l’adoration et à la piété était d’abord un trésor pour les petits et les pécheurs.

4 - Comme il a raison Robert Charlebois de dire à propos des traductions liturgiques en français « elles sont ridicules ». Tout un chacun a déjà fait l’expérience en assistant à une liturgie moderne de la gêne, du ridicule au sujet des propos échangés et des horribles chansonnettes. L’abbé Claude Barthe, dans l’introduction de La messe de Vatican II (Via Romana, 2018), cite le romancier Julien Gracq, issu d’un milieu laïque, qui disait qu’à côté de la nouvelle liturgie qu’il découvrait à l’occasion de mariages ou d’enterrements, le protestantisme « paraît soudain moelleux, orchestré, étoffé ». Plus terrible encore Brassens, qui touche la mondanité sacrilège de la réforme : « Ces corbeaux scient, rognent, tranchent la saine et bonne vieille branche de la croix où ils sont perchés ».


(1) La chanson de Georges Brassens et son texte au langage tout aussi vert :


« Je ne suis pas le seul, morbleu! 

Depuis que ces règles sévissent, 

A ne plus me rendre à l'office 

Dominical que quand il pleut.

Ils ne savent pas ce qu'ils perdent 

Tous ces fichus calotins, 

Sans le latin, sans le latin, 

La messe nous emmerde. 

En renonçant à l'occulte, 

Faudra qu'ils fassent tintin, 

Sans le latin, sans le latin, 

Pour le denier du culte. 

A la saison printanière 

Suisse, bedeau, sacristain, 

Sans le latin, sans le latin 

F'ront l'églis' buissonnière, 

0 très Sainte Marie mèr' de 

Dieu, dites à ces putains 

De moines qu'ils nous emmerdent 

Sans le latin.

Ces oiseaux sont des enragés, 

Ces corbeaux qui scient, rognent, tranchent 

La saine et bonne vieille branche 

De la croix où ils sont perchés.

Ils ne savent pas ce qu'ils perdent, 

Tous ces fichus calotins, 

Sans le latin, sans le latin, 

La messe nous emmerde. 

Le vin du sacré calice 

Se change en eau de boudin, 

Sans le latin, sans le latin 

Et ses vertus faiblissent. 

A Lourdes, Sète ou bien Parme, 

Comme à Quimper, Corentin, 

Le presbytère sans le latin 

A perdu de son charme. 

0 très Sainte Marie mèr' de 

Dieu, dites à ces putains 

De moines qu'il-, nous emmerdent 

Sans le latin. »

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