Notre lettre 1359 publiée le 17 Abril 2026
MGR DOGNIN, ÉVÊQUE DE QUIMPER,
N’AIME NI LE LATIN NI LE BINIOÙ.
LE PÈLERINAGE INTERDIT

Il nous a paru intéressant de braquer le projecteur sur l’abbé Aldalur, ancien de la FSSPX et régionaliste breton militant, à l’occasion du pèlerinage interdit de Scrignac. L’affaire s'inscrit dans le régionalisme militant de catholique et de droite, autrefois, important au pays basque, en Bretagne, mais aujourd'hui, dépassé par le militantisme régionaliste de gauche, ou le régionalisme purement folklorique. Mais cette originalité de l’alliance des traditions latine et bretonne recouvre une situation, hélas, fréquente et sans originalité, celle d’un prêtre laissé sur le bord du chemin par les autorités ecclésiastiques parce qu’il n’entre pas dans les clous idéologiques du jour.
Alors que le Concile Vatican II demandait la généralisation des messes en langues vernaculaires, il y a un type de fidèles avec lequel les évêques français ont été encore plus fermés et persécuteurs que les fidèles du rite tridentin – ceux qui assistaient aux messes en langues régionales, à l’exception notable du basque. Mgr Dognin, évêque de Quimper qui a déjà chassé la FSSP qui remplissait ses églises pendant que les curés finistériens les vident, a continué sur sa lancée en interdisant carrément le pèlerinage breton traditionnel de Scrignac, au motif de la situation canonique du célébrant, récemment sorti de la FSSPX.
Comme l’indique dans son compte-rendu le média nationaliste breton Storm, « un groupe de fidèles bretons s’est vu interdire la célébration de la messe sur l’autel de plein air situé près de la chapelle Notre-Dame de Koad-Kev. Des échafaudages ont été installés afin de barrer la route à l’autel, tandis que la gendarmerie informait sur place que nulle messe ne pourrait y être dite. L’abbé David Aldalour, prêtre attaché à la mémoire de l’abbé Yann-Vari Perrot, avait lancé un appel public pour un hommage liturgique en ce jour de Pâques.
Au lieu de la messe, les participants se sont contentés d’une prière au pied de la tombe de l’abbé Perrot, située aux abords immédiats de la chapelle réalisée par l’architecte James Bouillé en 1937. La journée s’est poursuivie par un repas fraternel à Huelgoat, galettes-saucisses, binioù, danses et costumes bretons traditionnels. Cet épisode révèle des tensions profondes entre autorité épiscopale, pastorale locale et attachement populaire à une figure emblématique du catholicisme breton ».
Si les arguments canoniques de l’évêque peuvent se tenir, le fait d’aller installer carrément des barrières devant la chapelle de Koat Keo à Scrignac, et que le curé de Carhaix et Huelgoat, dont la paroisse compte 27 clochers, un sanctuaire, et de nombreuses chapelles, se déplace ( !) un lundi de Pâques pour signifier l’interdiction du pèlerinage et de la messe, et que le diocèse n’hésiterait pas à porter plainte – la chapelle de Koat Keo en effet lui appartient, témoigne du degré de haine pour une œuvre qui a le malheur d’être à la fois bretonne, traditionnelle et jeune.
Les fidèles, d’âges et générations mêlés, étaient venus des quatre coins de la Bretagne – il y avait tant des malouins, que des nantais ou des brestois. Koat Keo étant assez loin de tout – 20 km au nord-ouest de Carhaix, et le train n’y passe plus depuis les années 1960 (mais il y a la voie verte sur l’ancienne voie ferrée de Carhaix à Morlaix, qu’il faut quitter ensuite pour s’enfoncer dans des collines assez escarpées pour la Bretagne), 80 km de Brest, 100 de Lorient, 190 de Rennes, 250 de Nantes – il faut reconnaître l’attrait de cette manifestation, qui s’est imposée en peu de temps tant parmi les pèlerinages traditionnels bretons locaux que dans les dates du mouvement breton – ou du moins de sa génération la plus jeune, qui essaie de se distancer des vieilles lunes internationalistes et trotskistes de l’Emsav (mouvement breton) post-1968.
D’ailleurs, le pèlerinage existe déjà depuis trois ans. Il rend hommage à l’abbé Perrot (Yann Vari Perrot en breton), personnalité du mouvement breton assez controversée puisqu’il a été abattu en décembre 1943 par des communistes qui l’accusaient d’intelligence avec les Allemands, mais indissociable de la conscience nationale bretonne et de la pastorale en Breton – « Prêtre, écrivain, militant culturel, Yann-Vari Perrot incarne encore aujourd’hui une Bretagne enracinée, vivante, et fondamentalement chrétienne », résumait l’an dernier Breizh Info.
Ordonné en 1903, l’abbé Jean-Marie (Yann-Vari) Perrot (1877-1943) fut un prêtre zélé, fondateur du Bleun-Brug en 1905 et infatigable défenseur de la nationalité, de la langue et de la culture bretonne. Nommé recteur de Scrignac en 1930, il reconstruisit en 1937 la chapelle de Koat-Kev dans un style néo-breton, avec l’architecte James Bouillé. Son engagement pour la foi et la langue bretonne en fit une personnalité marquante du mouvement Feiz ha Breiz. Abattu par des communistes en 1943, il continue de susciter la haine de l’extrême-gauche un demi-siècle plus tard : en avril 2018, lors du week-end pascal, la tombe fut profanée : croix celtique brisée, tags injurieux (« Kenavo les fachos », « Francs-Tireurs Partisans », « Fascistes dehors »). En juillet 2019, un incendie détruisit une grande partie de la toiture de la chapelle (environ 60 m²) ». Des travaux sont actuellement en cours par le diocèse pour refaire le porche qui abrite l’autel – ce qui explique l’échafaudage, mais les barrières qui en interdisent carrément l’accès ne sont apparues que juste avant le week-end de Pâques.

L’an dernier, le pèlerinage avait attiré près de 150 personnes ; Breizh Info en donnait le compte-rendu : « Sous un ciel capricieux (mas au final plutôt clément) de printemps, près de 150 personnes ont convergé vers Koat-Keo pour une journée de mémoire consacrée à l’abbé Yann-Vari Perrot. Familles, enfants en costume traditionnel, militants bretons et fidèles catholiques étaient réunis dans un esprit de recueillement et de fidélité, à la croisée de la foi et de l’identité bretonne. La messe qui a suivi en la chapelle a été célébrée en latin et en breton par l’Abbé David Aldalur, prêtre basque et breton auteur d’un sermon qui restera dans les mémoires de tous les militants de la Foi et de la Bretagne. Une liturgie fervente et digne, où la bannière de Feiz ha Breizh – foi et Bretagne – a trouvé un écho puissant dans les cœurs des participants, dont beaucoup de jeunes. Au-delà du simple hommage historique, c’est une foi vivante, incarnée, qui était célébrée ».
Issu de Plogoff, l’abbé Aldalur, britto-basque et sonneur de biniou, s’était alors distingué par son sermon qui « appelait à un sursaut breton et chrétien, articulé autour de trois piliers présentés comme indissociables : la foi catholique, la liberté politique du peuple breton et la défense de la langue bretonne. Ce ton offensif, explicitement enraciné dans la logique de Feiz ha Breizh, avait marqué les esprits chez les participants ».
Un abbé sorti de la FSSPX, mais dont le diocèse ne veut pas pour autant
Entre temps, l’abbé Aldalur est sorti de la FSSPX, mais a été rapidement installé par ses fidèles dans une ancienne école de Brasparts, où ses deux messes dominicales, basse et chantée, attirent jusqu’à une centaine de fidèles… face à une église de Brasparts qui n’est pas desservie la plupart du temps, faute de prêtres diocésains en nombre suffisant. Il a aussi créé une association début mars 2026 pour la défense de la culture et de la foi bretonne, Hengoun Feiz a Breizh, pour « travailler à la réconciliation entre la Tradition catholique et la culture bretonne, deux réalités historiquement étroitement liées ».
Comme le résumait l’abbé lui-même dans son sermon du dimanche des Rameaux, « Mgr, les fidèles
qui sont ici aujourd’hui, si nombreux après à peine 6 mois d’installation viennent précisément chercher ce qu’ils ne trouvent pas ni dans la FSSPX ni dans notre diocèse : Professer, vivre défendre et revendiquer haut et fort le droit d’être catholique traditionnel breton… de la tête au pied… penn kill ha troad ! »
qui sont ici aujourd’hui, si nombreux après à peine 6 mois d’installation viennent précisément chercher ce qu’ils ne trouvent pas ni dans la FSSPX ni dans notre diocèse : Professer, vivre défendre et revendiquer haut et fort le droit d’être catholique traditionnel breton… de la tête au pied… penn kill ha troad ! »
Installé à Brasparts, près du point culminant symbolique de la Bretagne qu’est la chapelle du Mont Saint-Michel de Brasparts, qui a résisté lors de l’été caniculaire 2022 à une série d’incendies criminels dans les Monts d’Arrée, l’abbé Aldalur ne fait concurrence à personne, puisque hors de la collégiale de Carhaix, de quelques messes à Huelgoat et à Châteauneuf du Faou il n’y a pour ainsi dire plus personne, et les chapelles disséminées dans les villages vivent plus par la « pastorale du tourisme » que par les messes qui y sont effectivement célébrées.
Fin mars, le diocèse réagit assez brutalement par un communiqué :
« Monsieur l’Abbé David ALDALUR, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), s’est récemment installé sur la commune de Brasparts, sans mandat ni mission officielle. Cette fraternité n’étant pas en pleine communion avec l’Église catholique romaine, son ministère ne bénéficie d’aucune reconnaissance canonique dans le diocèse.
Il est rappelé que, conformément à la loi de 1905, les églises et chapelles communales, ainsi que leurs dépendances, sont exclusivement affectées au culte catholique célébré en communion avec le Saint-Siège et sous l’autorité de l’Évêque diocésain. À ce titre, Monsieur l’Abbé David ALDALUR n’est pas autorisé à y célébrer ».
Quimper, le 25 mars 2026
† Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon
Célébrer « la messe que le pape célèbre »
Questionné par Riposte Catholique au sujet de l’interdiction du pèlerinage, Mgr Dognin a répondu qu’il l’était en vertu du canon 903 (Un prêtre, même inconnu du recteur de l'église, sera admis par lui à célébrer pourvu qu'il lui présente les lettres de recommandation de son Ordinaire ou de son Supérieur, délivrées au moins dans l'année, ou que le recteur puisse juger prudemment que rien ne l'empêche de célébrer). Et que l’incardination dans le diocèse de Quimper de l’abbé Aldalur était impossible, « il n’accepte pas les conditions dont celle de célébrer aussi selon le missel officiel de l’Eglise, la messe que le Pape célèbre » … et la concélébration à la messe chrismale, selon nos informations.
Seulement, comme le rappellent les canonistes eux-mêmes, la concélébration est une possibilité, jamais une obligation – les évêques qui font de la concélébration un signe « d’unité ecclésiale » en l’imposant à leur clergé font fausse route et marchent sur le droit canonique qu’ils prétendent défendre. Quant aux conditions d’incardination, l’on voit bien que l’évêché de Quimper (ou le clergé diocésain ?) chercher des prétextes – ni l’obligation de célébrer en novus ordo, ni la concélébration n’y figurent, et habituellement on retrouve surtout la présence du prêtre dans le diocèse depuis cinq ans.
Le dimanche des Rameaux, l’abbé Aldalur a répondu dans son sermon au communiqué de l’évêque, en organisant une petite procession autour de sa chapelle de Brasparts – « ce n’est pas sans douleur et sans tristesse que je vous lis ce message. Excellence ! Mgr Dognin, si seulement ce message pouvait arriver jusqu’à vous. Ah Mgr, si seulement vous pouviez être au milieu de nous ce matin pour voir de vos yeux et entendre de vos oreilles ce qui se dit et se passe à Brasparts.
Pourquoi Mgr ? Pourquoi ? Parce que je suis un ancien membre de la Fraternité Saint Pie X ? Parce que je ne suis pas incardiné dans notre diocèse ?…. Et bien je suis conscient de cette anomalie, je vous l’ai dit, et vous savez que j’en souffre. Vous savez Mgr que mon cœur et mon âme sacerdotale appartiennent au diocèse de Quimper et de Léon. Je sais très bien que mon ministère relève de droit de votre autorité et j’ai pu vous le dire de vive voix.
Vous ne voulez donc pas de procession traditionnelle et bretonne autour de l’église de Brasparts, nous en resterons donc là. Mais je vous crie Monseigneur, je vous supplie et je le dis publiquement devant toutes les âmes qui sont ici nombreuses aujourd’hui : Oui, mon vœu le plus cher, et que j’espère voir réalisé avant ma mort : c’est d’être incardiné dans votre diocèse ».
Et d’enfoncer le clou : « Si l’église n’était pas en crise et si vous n’étiez pas un de ces évêques qui alimentent sciemment ou inconsciemment cette crise (ce n’est pas à moi de juger) je serai devenu dès le départ un de vos prêtres ».
Mais l’Eglise est en crise, le taux de pratique en Finistère est moindre encore qu’au Morbihan, le diocèse ne compte qu’une poignée de séminaristes – et en ordonne un tous les deux ou trois ans pendant que dans la même période il enterre 10 à 15 prêtres et que les communautés religieuses qui jadis maillaient les campagnes depuis le début du XIXe, voire le XVIIe, ferment à tour de bras. Et après avoir chassé les deux jeunes prêtres de la FSSP sans parvenir à les remplacer, le diocèse de Quimper va encore plus loin dans la fuite à l’abîme en claquant la porte à l’un des rares prêtres qui y frappe. La Bretagne enracinée dans la foi catholique semble mal partie pour survivre au XXIe siècle, si on s’arrête au Finistère… heureusement, il y a d’autres diocèses, et des fidèles qui sont toujours attachés à être catholiques et Bretons !
La fin du sermon de l’abbé Aldalur pour les Rameaux est à retenir : « l’abbé Aldalur passera, mais sa cause elle ne passera pas… précisément parce que n’est pas sa cause : c’est celle du règne concret de NSJC et de l’Évangile dans son particularisme breton. C’est un trésor que nous ne voulons pas perdre, même au nom de l’obéissance qui ne serait plus alors de l’obéissance, mais de la lâcheté. Nous aimons tellement la Foi de nos Pères « Feiz hon Tadoù Koz », nous aimons tellement le vieux Pays de mes Pères « Bro goz va Zadoù » que nous sommes persuadés qu’en maintenant cette ligne (même dans l’incompréhension apparente ou la rébellion apparente) nous rendons le plus grand service à la foi, au patrimoine, à l’histoire, à la langue, à la tradition et finalement au salut des âmes de votre diocèse ».
La conclusion du triste épisode de ce pèlerinage traditionnel breton de Scrignac interdit par l’autorité même qui est censée le mettre en avant et le défendre peut-être celle du constat et de la prière dressés par Stourm : « en ce lundi de Pâques, des catholiques bretons ont été contraints de chanter sans pouvoir offrir le Saint Sacrifice. Cet incident révèle une fracture profonde : d’un côté, des fidèles attachés à la foi de leurs pères et à la Bretagne catholique ; de l’autre, une hiérarchie qui préfère trop souvent l’apaisement avec les ennemis de l’Église et de la Bretagne plutôt que la défense de ses enfants. En ce temps pascal, prions pour que l’Église de Bretagne retrouve le courage de ses saints et la fidélité de ses martyrs. Car si l’on empêche la Messe aujourd’hui, demain ce sont les âmes elles-mêmes que l’on étouffera ».





