Notre lettre 1396 publiée le 22 juillet 2026

ROME AUSSI PRATIQUE " L'AIDE A MOURIR"

UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE

Tandis que Rome laisse sans pondération ni commentaire le Dicastère pour la Doctrine de la Foi fulminer, depuis le 2 juillet 2026, contre ceux qui veulent rester fidèles au Christ Rédempteur Unique, l’aberration d’un épandage sans mesure de la haine étonne, à tout le moins, les esprits attentifs. Prétendre interdire l’accès aux sacrements à la foule qui approuve les sacres dont Rome ne voulait pas, quoique destinés à multiplier les voies d’accès à des sacrements valides et féconds, c’est plus qu’un paradoxe, c’est un contresens si choquant que la « paternité » romaine en est plus éclaboussée que la foi des réprouvés.


Le « cas de nécessité » : l’état dans lequel Vatican II a mis les paroisses

Tel est le sens précis de l’expression « victoire à la Pyrrhus » que nous avons proposé pour qualifier un procédé d’ostracisme, qu’un langage pseudo-juridique, éventé depuis par les experts, brandissait comme un gourdin. Rome ne cherche pas le bien de ceux qu’elle traite en ennemis, lesquels, au fil des décennies et des trahisons des clercs, remontent, fût-ce avec crainte et tremblement, au « kairos » de la rupture, celle qui est imputable au concile Vatican II. Rome a pris cher, en renonçant à cacher ce qu’il fallait taire, à savoir un changement de cap sans précédent dans l’Histoire. Le précédent historique de la « Constitution civile du clergé », approuvée par Louis XVI, rencontrera, fût-ce avec une inertie troublante, le veto du pape Pie VI. A Vatican II, c’est Paul VI qui mène la danse. Hélas, la tarentelle finit en migraine, comme un lendemain de cuite, nous sommes-nous laisser dire...

Dès avant les sacres, mis en perspective et en controverse, leur virtualité ne signifiant pas l’irréalité mais l’absence d’actualité, il était clair pour les débatteurs que l’évènement, partant le casus belli, aurait lieu. Léon XIV pouvait l’empêcher, et il a gravement compromis la confiance qui s’était portée sur lui, dans l’ignorance de son tréfonds. Mais c’est sur l’état de nécessité que la « disputatio » s’est focalisée, non sans pertinence. Prévue par le Code de Droit Canonique, sous la désignation fonctionnelle d’une impossibilité d’accéder à des secours sacramentels sûrs et certains, laquelle impossibilité délivre des arcanes juridiques du Droit positif, le prononcé de la nécessité, qui prend acte d’une vacance du service public ecclésial, ne saurait, évidemment, être le fait de l’autorité ecclésiale défaillante, et peu soucieuse de se reconnaître telle.

Le constat de la fameuse nécessité peut être objectivé sans peine, si quelque Attila, ou un chef de guerre normand, ou encore un Gengis Khan, a pratiqué la terre brûlée à grande échelle. Plus douteuse est la situation où l’Église est visible et accessible, mais dans sa configuration arienne, qui, dans l’Antiquité tardive, falsifiait l’identité du Christ, ou, de nos jours, dans l’aspect « canada dry » de l’animation conciliaire, dont le souci spécifique, et pervers, est de ramener, l’air de rien, le Ciel sur la terre. Non sans analogie avec la pathologie diabétique, où le pancréas se met à produire une insuline de mauvaise qualité, rendant mal le service attendu par l’organisme, mais très efficace pour augmenter la mauvaise graisse…

La nécessité se définit de façon fonctionnelle, tout comme, pour l’essentiel, la Chrétienté. Qu’est-ce que la Chrétienté, sinon l’organisation politique la plus propice à favoriser le salut des âmes, restant libre l’adhésion intime de chacun. Si la Monarchie très chrétienne en fut l’idéal-type, elle n’en a pas le monopole. La nécessité relève de la difficulté inverse. Les zones traditionnelles de pratique religieuse, mises en cartes par le chanoine Boulard (1898/1977), font repère sociologique d’une pratique aisée et apaisée. Certes, on peut s’amuser à la chiffrer. 

Chemin faisant, les péripatéticiens confrontés ici et là, pour débattre au sein de cénacles médiatisés convergent vers le nœud du litige. En écho à une déclaration réitérée du Supérieur actuel de la FSSPX, faut-il adhérer à ce diagnostic porté sur les paroisses diocésaines, à savoir que celles-ci, contrairement au passé préconciliaire, ne constituent plus des lieux où les moyens de salut sont enseignés et distribués ordinairement ? Force est de constater que ce sont les meilleurs parmi les prêtres diocésains qui ne dissimulent pas leur révolte face à cette sentence qui, convenons-en, n’a fait sensation que là où la Foi catholique perdure un tant soit peu. C’est le voisinage immédiat de l’œuvre lefebvriste qui a accusé le coup, au point que le fond du problème soit éclipsé par l’insécurité éventuelle d’une adhésion.


Les tradis, suspects quoi qu’ils fassent

Lors de la publication de son livre portant sur le nouveau rituel des sacrements de l’Église, l’abbé Barthe s’est vu ciblé par des flèches venues d’archers qu’il croyait amicaux jusque-là. Ce paradoxe illustre la situation ecclésiale actuelle, où le débat doctrinal et disciplinaire ravive des vitalités individuelles, et l’équilibre instable de personnalités intégrées en apparence domine la scène. L’opposition n’est pas le conflit des points de vue dont elle prend l’apparence, mais l’astreinte à apaiser la main qui pourrait frapper des détracteurs moins véhéments. « Sa Majesté la Peur », comme feu le Cardinal Siri (1906/1989), pourtant si légitimiste, désignait le principe gouvernant l’Église de son temps de vieillard chenu, est d’autant plus active qu’elle atteint des « ralliés », se sachant rester, derrière une concorde de surface, de sempiternels suspects.

Les bons prêtres qui « tiennent bon », qu’ils soient diocésains ou intégrés aux diverses fraternités traditionnelles, que ces dernières les protègent ou les brident, contre le feu grégeois, synodal, épiscopal, romain, savent, sauf grâce spéciale, que leur situation est à la merci d’une dénonciation d’où qu’elle vienne. Mais ce que l’abbé Barthe a pointé, c’est la nocivité volontaire, fût-elle enrobée d’une prétendue pastoralité, qui s’est immiscée dans le très obligatoire « nouveau rituel » des sacrements. Un exemple ? En voici un, à propos du baptême. Ce samedi 10 juillet 2026, nous avons assisté à un baptême sans exorcisme, par deux jeunes prêtres diocésains en soutane. Objection du père de l’enfant : l’exorcisme a lieu, mais, comme prévu par la préparation au baptême, on n’en parle pas face à l’assemblée, Laquelle, passez muscade, n’y voit que du bleu, ou, pour les plus anciens, que leur mémoire est défaillante, ce que, par pudeur, ils garderont pour eux. Tandis que pour les ignorants une occasion essentielle les a privés d'une sainte catéchèse.

Encore y renonce-t-on à Satan, dès lors qu’il est déclaré être l’auteur du péché ! Vade retro, et nous voilà libéré de toute responsabilité. L’homme des « Droits de l’Homme », divinité à la « dignité ontologique inaliénable », doit rester sans tache. On peut, et on doit, regretter que la proclamation publique et cohérente de la foi soit en régression par rapport à la pratique antérieure du baptême. On peut aussi toucher du doigt à quel point l’argument « pastoral » contient de perversité. Avec Boileau (1636/1711), les siècles répètent que « la répétition est la mère des études ». Qui contestera de bonne fois que la répétition des silences imposés sur les notions essentielles n’a pour but d’en généraliser l’ignorance ? C’est ce rabotage permanent, ce grignotage méthodique, cet appauvrissement incessant que les termites conciliaires imposent aux fidèles. Le goût légitime pour la paix retient la plupart de dénoncer des procédés qui les choquent, dont ils ont honte d’en suspecter le clergé alors que c’est sous leurs yeux que l’arnaque se déroule. Il faut, en clair, que la peur du conflit change de camp. Le respect humain fait le jeu des abuseurs, là comme ailleurs...


Traditionis custodes et l’euthanasie des traditionnels

L’actualité législative française, portant sur l’aide à mourir, n’est qu’une étape après bien d’autres dans la déchristianisation méthodique des pays de vieille chrétienté. L’idée politique choque les plus sages, et les plus modérés. Mais, là encore, l’Église conciliaire est en avance de phase. Depuis les sacres de 1988, et les condamnations romaines, Ecclesia Dei n’est pas une bienveillance de Rome, c’est une aide à mourir qui ne dit pas son nom, et laisse du temps aux inadaptés pour venir à résipiscence, ou à s'éteindre selon le jugement hégélien de l'Histoire. Ce qui, il faut le dire, n’a pas marché. Car Benoît XVI, par Summorum Pontificum (07/07/2007), a remis les pendules à l’heure, quoique à sa façon, en légitimant formellement deux rits. Les conciliaires militants ont eu la peau de cet ex-conciliaire militant devenu conciliaire de continuité, ce qui montrait qu’il était perdu pour ses anciens camarades de lutte. Avec le pape argentin, et Traditionis Custodes (04/12/2021), c’est l’aide à mourir qui réapparaît, plus clairement qu’avant, et perdure depuis.

Ceux qui veulent œuvrer pour le Ciel, pour leur âme et celle des leurs, n’ont pas la responsabilité implacable des conciliaires forcenés devant Dieu qu’ils offensent. Mais il revient à chaque fidèle de combattre autour de lui, par tous moyens même légaux, la fausse « communion » des conciliaires, et de garder les yeux ouverts. Sans contredire le verdict de l’abbé Pagliarani, c’est sa généralisation à l’ensemble des paroisses conciliaires qui pourrait être pondérée en catholicité « aléatoire » des prestations diocésaines. Ce qui n’est pas moins nocif vis à vis des fidèles qui, trompés, baissent la garde. Les bons prêtres diocésains n’ont, si l’on excepte le bouche à oreille de fiabilité sujette à caution, aucun index officiel pour les joindre et rejoindre. Mais l’incertitude de l’aléatoire est un embarras suffisant pour se tourner vers des fraternités visibles et réparables, ne serait-ce que pour la messe dominicale.

On comprend la souffrance qu’éprouvent de bons prêtres diocésains froissés par un jugement porté à l’encontre des fruits de leur zèle pastoral. Coincés qu’ils sont face à des laïcs d’autant plus arrogants qu’ils sont ignorants, d’une part, et un presbyterium d’une normativité conciliaire agressive, d’autre part, à quels saints vont ils se vouer ? Mais tout « tradi » qui se croit aimé de son évêque diocésain devrait s’informer, changer de lunettes, ou mettre des piles neuves dans son sonotone. Et restons réalistes : tout prêtre qui tient ferme derrière le hublot de sa cabine peut-il rester indifférent à la trajectoire du paquebot qui devient, volens nolens, la sienne. La croisière s’amuse, mais elle égare ses passagers. Ceux qui tirent le signal d’alarme gâchent la fête, mais le désastre non annoncé vaut d’être contrarié. Est-il consentant de façon éclairée, celui que le paquebot emmène d’autorité là où il n’irait à aucun prix si la destination finale lui avait été exposée sans faux-semblants ? En frappant fort l’abbé Pagliarani a choqué. Nous inclinons à penser que tel était son but. En réveillant sans ménagement les consciences, il a relancé un débat vital pour l’Église. Que vaut la tambouille diocésaine, sub specie aeternitatis ? La bonne surprise est possible, mais la déception est plus probable, tandis qu’un irénisme infatué tient la corde...qui a pour nom communion conciliaire. Un réveil collectif s’impose, pour l’honneur du Christ Sauveur.


Philippe de Labriolle

Psychiatre Honoraire des Hôpitaux

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