Notre lettre 603 publiée le 21 juillet 2017

POLOGNE 2017 : UN SONDAGE ANNIVERSAIRE EXCLUSIF POUR LES 10 ANS DU MOTU PROPRIO !

À l'occasion du dixième anniversaire de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum, le 7 juillet 2007, nous avons décidé de compléter notre campagne de sondages internationaux portant sur la réception du texte de Benoît XVI. Lors de notre campagne de sondages européens de 2009-2011 (voir ici), nous avions en effet laissé de côté celui qui est aujourd'hui le premier pays catholique d'Europe par la vitalité de son Église : la Pologne.

Conseillés par Una Voce Pologne, nous avons confié cette enquête non pas à un institut commercial mais à l'Institut pour les statistiques de l'Église catholique (ISKK), fondé en 1972 par la Société de l'apostolat catholique (les frères pallottins) et qui travaille pour la Conférence épiscopale polonaise. En nous orientant vers l'ISKK plutôt que vers un organisme commercial, nos partenaires polonais ont permis de donner à ce sondage un poids original puisqu'il ne concerne que des catholiques pratiquants. L'équipe de l'ISKK a en effet soumis notre questionnaire, après l'avoir adapté en fonction de son excellente connaissance du catholicisme polonais, à un public de catholiques dits « engagés » (1). Après avoir collecté plus de 800 réponses, elle en a sélectionné 635 correspondant à la distribution de ces catholiques engagés dans la population polonaise.

Voici les résultats de ce sondage, accompagnés de nos réflexions.



Notre sondage polonais est le fruit d'une collaboration entre Paix Liturgique et le site UnaCum.pl, vitrine d'Una Voce Pologne.


I – LES RÉSULTATS DU SONDAGE POLONAIS

Sondage effectué par l'ISKK (Institut pour les statistiques de l'Église catholique) entre le 13 mai et le 4 juin 2017, selon la technique des panels en ligne, sur un échantillon de 635 catholiques engagés. (1)

:: 1 : Assistez-vous à la messe ? (1)
Chaque dimanche et fêtes : 93,6 %
Presque tous les dimanche : 5,8 %
Une fois par mois : 0,6 %

:: 2 : Le Pape Benoît XVI a rappelé en juillet 2007 que la messe pouvait être célébrée à la fois sous sa forme moderne dite « ordinaire » ou « de Paul VI » – le prêtre faisant face aux fidèles – et sous sa forme ancienne dite « extraordinaire » ou « tridentine » – en latin, le prêtre tourné face au tabernacle. Le saviez-vous ?
Oui : 89,5 %
Non : 6,9 %
Ne se prononcent pas : 3,6 %

:: 3 : Que pensez-vous de la messe selon la forme extraordinaire (en latin et face au tabernacle) ? (NB : le total est supérieur à 100 % car le sondeur a autorisé les réponses multiples)
C'est une expression de fidélité à la tradition de l'Église : 49,9 %
C'est une chose normale : 37,3 %
Cela ne correspond pas à la culture d'aujourd'hui : 17,6 %
C'est une pratique étrange : 4,2 %
Autre : 16,7 %
Difficile à dire : 12,1 %

:: 4 : Si l'ancienne messe était célébrée (en latin et face au tabernacle) dans VOTRE paroisse, y assisteriez vous ?
Chaque semaine : 28,9 %
De temps en temps : 51,6 %
Jamais : 15,1 %
Difficile à dire : 4,4 %


II – COMME PARTOUT AILLEURS

Levain de la résistance victorieuse à la dictature communiste, le catholicisme polonais a vécu une fin de XXème siècle d'autant plus triomphante qu'il a bénéficié du prestige associé à la figure du Pape Jean-Paul II. Doctrinalement et liturgiquement, il a moins connu le « printemps conciliaire » et ses dérives liturgiques et doctrinales. Aujourd'hui encore, le chant grégorien et la communion sur les lèvres demeurent la norme dans la plupart des paroisses du pays.

Dans ce contexte plutôt classique et préservé, il est intéressant de voir que la forme extraordinaire – souvent présentée comme une réaction aux abus – attirerait plus d'un pratiquant sur 4 chaque dimanche si elle était inscrite dans la vie ordinaire des paroisses, ce qui correspond à la moyenne relevée dans les autres pays (19 % en France en 2008, 25 % en Allemagne en 2010, 27,4 % en Espagne en 2011, etc.).


III – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

:: 1) Les Polonais n'ignorent pas la légitimité de la forme extraordinaire
En Pologne, 9 catholiques engagés (1) sur 10 savent que la forme extraordinaire a droit de cité dans l'Église. C'est un résultat très fort. Au-delà du fait qu'il semble normal que ces catholiques engagés aient connaissance des différents pans de la vie de l'Église, on peut aussi penser que, en 10 ans, la connaissance du motu proprio de Benoît XVI a fait son chemin : par capillarité locale d'abord, par la place que la forme extraordinaire occupe sur les réseaux sociaux ensuite, mais aussi par le travail des associations qui, comme Una Voce Pologne, organisent conférences, cérémonies et pèlerinages pour promouvoir la liturgie latine et grégorienne.

:: 2) Un catholicisme préservé des guerres liturgiques
La réponse à la question 3, légèrement modifiée par les enquêteurs de l'ISKK par rapport à notre question habituelle (2) fait apparaître que seul un catholique engagé sur 25 voit l'ancienne liturgie comme « une pratique étrange ». Et moins d'un sur cinq (17,6 %) la considère comme ne correspondant pas à la culture d'aujourd'hui. On peut d'ailleurs imaginer que, chez certains, cette réponse n'a pas de valeur négative car il ne s'agit que de constater l'incapacité du monde contemporain à faire une place à la tradition.
En revanche, le fait qu'un catholique engagé polonais sur deux voit la forme extraordinaire comme une « expression de fidélité à la tradition de l'Église » ne souffre aucune équivoque. Cette enquête nous présente donc le visage d'une Église qui, certes, a été marquée dans sa chair comme toute l’Église par la rupture imposée par la réforme liturgique, mais qui est restée largement immune d’une opposition « progressiste » à la liturgie ancienne et de la fracture qui a marqué, et marque encore, les Églises de nos pays d'Europe occidentale.

:: 3) 8 catholiques polonais sur 10...
… assisteraient volontiers à la forme extraordinaire pour peu que celle-ci soit célébrée dans leur paroisse : 28,9 % la choisiraient de façon préférentielle et 51,6 % de temps en temps. Le fait que près de 30 % des pratiquants assisteraient à la messe traditionnelle tous les dimanches si elle était célébrée commodément dans leur paroisse (19% en France en 2008, 40% en Italie, 25% en Allemagne, etc.) montre le poids réel qu’a la forme extraordinaire. C'est une nouvelle fois la confirmation de l'existence de ce vaste peuple des silencieux (au moins un catholique sur 4) qui aspire à plus de sacré et de solennité dans sa vie liturgique et spirituelle. Seuls 15 % des Polonais pratiquants n'expriment aucun attrait pour la forme extraordinaire, ce qui laisse une grande marge au motu proprio Summorum Pontificum pour faire, patiemment, son chemin dans les paroisses du pays.

:: 4) La confirmation scientifique de tous nos sondages précédents
Le fait que ce sondage polonais, grâce à la compétence spécifique de l'ISKK, ne porte que sur les catholiques pratiquants permet de le considérer comme un étalon fiable pour l'analyse des résultats de nos sondages nationaux précédents. Tous nos autres sondages portaient en effet sur les catholiques en général, pratiquants et non, avec, à notre demande, la mise en relief par les instituts de sondage des réponses spécifiques aux seuls pratiquants. Or, en raison de la chute dramatique de la pratique, même mensuelle, des catholiques en Europe de l'Ouest, les échantillons de pratiquants pouvaient être considérés trop réduits pour être pleinement représentatifs.
En réalité, les scientifiques savent bien que la vérité statistique est d'autant plus précise que les mesures sont nombreuses. La concordance des résultats obtenus dans les sept pays de nos précédents sondages – France, Italie, Allemagne, Portugal, Grande-Bretagne, Suisse, Espagne – constituait donc déjà un élément statistique important. Leur concordance avec les résultats de l'enquête polonaise, obtenus sur un échantillon exclusif de pratiquants, vient les confirmer avec force.

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(1) Les 635 personnes sondées par l'ISKK proviennent d'un panel de catholiques engagés. Par « catholiques engagés », l'ISKK considère les pratiquants réguliers (qui, en Pologne, sont encore ceux qui assistent à la messe chaque dimanche ou presque – alors qu'ailleurs en Europe il ne s'agit que des catholiques allant à la messe au moins un dimanche par mois) ; ceux engagés dans la vie de la paroisse ; et les membres de mouvements ou d'associations catholiques reconnues. Allant tous au moins une fois par mois à la messe, ils sont donc tous pratiquants au sens sociologique moderne du terme.
(2) La question est d'ordinaire ainsi posée : « Considérez-vous comme normal ou pas normal si les deux formes du rite romain devaient être célébrées régulièrement dans votre paroisse ? »

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