Notre lettre 649 publiée le 21 juin 2018

Une conversion extraordinaire

En mai 2017, le courrier d’une lectrice qui découvre la forme extraordinaire du rite romain nous incita à lui demander ce qui l’attirait dans la liturgie traditionnelle. Les mystères de l’électronique font que ce n’est qu’en mai 2018, soit un an plus tard, qu’elle prit connaissance de notre question. Et non seulement sa réponse a confirmé le choix préférentiel effectué en 2017 mais elle a éclairé d’une lueur proprement surnaturelle son parcours spirituel et celui de sa famille. Anne (ainsi l’appellerons-nous) vient en fait du protestantisme et n’a découvert la forme extraordinaire du rite romain qu’après s’être pleinement investie dans la vie de sa paroisse (ordinaire). Plutôt originale en France, cette conversion à deux étages recoupe en fait parfaitement celle de nombreux fidèles de par le monde. Lors de nos visites à Amsterdam et à Hambourg l’hiver dernier, nous avons ainsi rencontré plusieurs anciens protestants nous expliquant avoir trouvé dans la liturgie traditionnelle l’exacte nourriture spirituelle qu’ils attendaient de l’Église catholique en franchissant le seuil de leur paroisse.



I – Le témoignage d’Anne

Mai 2017 
Cela fait moins d’un mois que nous entendons la messe traditionnelle, célébrée dans une chapelle voisine par un chanoine de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre.
Je suis (j’étais) protestante, et avec mon mari nous sommes depuis plus d’un an sur le chemin de la confirmation, que nous recevrons le 3 juin prochain. Plus nous apprenons à connaître le Christ et son Eglise , plus nous ressentons le besoin de vivre une liturgie qui puisse nourrir notre foi de façon croissante. Nous comptons garder d’étroites relations avec les personnes qui composent notre paroisse telle que nous la connaissons depuis que nous avons commencé notre parcours (des personnes qui souvent ont un a priori négatif concernant la messe traditionnelle), et nous regrettons que les contacts entre fidèles de l’une ou l’autre messe ne soient pas plus fréquents.
Dans la messe traditionnelle nous sommes enfin arrachés à nous-mêmes, et tout concourt à notre joie, sans esquiver pourtant aucune croix que nous retrouvons en sortant.

Mai 2018
Je vous prie de recevoir mes sincères excuses pour tout le temps qu’il m’aura fallu avant de répondre à votre message.
Notre conversion est journalière, au sens où c’est chaque jour que nous devons tourner notre cœur vers le Seigneur alors que le monde pèse de toutes ses forces en sens contraire. Mais c’est dans la joie et l’action de grâces que nous faisons mémoire des moments où nous avons commencé ce pèlerinage. La forme extraordinaire de la messe continue à jouer un rôle prédominant, tandis que les difficultés liées au progressisme dans la partie ordinaire de notre paroisse nous offrent des occasions d’ascèse et de sanctification.
Nous avons augmenté la fréquence à laquelle nous entendons la messe tridentine. Au début c’était une fois par mois, maintenant cette proportion s’est inversée et nous n’allons donc plus qu’une fois par mois à la messe ordinaire. Nous gardons ainsi contact avec le reste de la paroisse car nous y connaissons beaucoup de personnes, étant donné que c’est à leur contact que notre conversion s’est accomplie.
Ces personnes ont parfois des réflexions qui nous appesantissent tant elles montrent une volonté, parfois consciente, de contester le magistère et la dimension surnaturelle de la foi. Un peu tristes pour ces gens que nous aimons, nous nous disons que nous ne devons pas nous couper d’eux, autant pour des raisons d’amitié que par Espérance. À force de voir combien la Tradition nous rend heureux et sereins, nous nous disons qu’ils finiront par se rendre compte du besoin d’ouvrir les yeux sur certaines réalités.

II – Les réflexions de Paix Liturgique

1) À Amsterdam, l’hiver dernier nous avons rencontré une dame élevée dans le protestantisme mais ayant mené une vie loin de la religion avant de se convertir au catholicisme par amour eucharistique. Vite insatisfaite de sa paroisse dont la liturgie lui semblait trop humaine et horizontale, elle a pris le chemin d’une paroisse plus classique manifestant un plus grand respect pour la Sainte Eucharistie avant d’entendre parler de la forme extraordinaire et de l’existence de la paroisse personnelle Sainte-Agnès (voir notre lettre 624). Là, elle nous a dit avoir trouvé « la dévotion envers la Sainte Eucharistie qui [l]’avait tant impressionnée dans les lectures spirituelles qui avaient accompagné [sa] conversion ». Une foi vive en la présence réelle de Notre Seigneur Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement accompagne en effet souvent la conversion des protestants convertis, nourrissant ainsi leur désir d’une liturgie plus digne et recueillie.

2) Souvent le zèle des convertis les rend excessifs dans leurs jugements et leurs affections. Ce n’est pas le cas d’Anne et de sa famille qui savent devoir leur conversion en partie à la communauté paroissiale qui les a accueillis dans la foi. Aussi et même si l’on comprend qu’Anne préfère aujourd’hui « la joie » que lui procure la messe traditionnelle et souffre des vieux réflexes progressistes qui se manifestent dans sa paroisse ordinaire, elle refuse de se couper de cette paroisse – qui est « sa » paroisse – et tient à continuer à y vivre une partie de sa vie catholique. La croissance de la messe traditionnelle s’est faite, en quelque sorte, par une respiration à deux poumons. Il y a les fidèles qui ont « tout quitté » pour maintenir la célébration de cette messe, pratiquant dans des conditions parfois très ascétiques, parfois dans des granges et des garages, et dont la constance envers et contre tout a fini par faire plier les autorités ecclésiastiques. Et il y a une majorité des fidèles catholiques qui ont toujours voulu vivre leur foi dans leur paroisse sans en troubler l’harmonie et que nos sondages, aussi bien nationaux que diocésains, ont illustré de façon cohérente dans le temps et dans l’espace (de 2001 à 2017 et de La Rochelle au Brésil).

3) Le témoignage d’Anne nous rappelle que la liturgie traditionnelle de l’Église romaine est un formidable outil d’évangélisation. C’est pour cela que nous soutenons la lettre et l’esprit du motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI, qui tente de l’inscrire dans le cadre paroissial et ne la cantonne plus, comme c’était encore le cas à l’étape du motu proprio Ecclesia Dei de Jean-Paul II, aux marges de la pastorale diocésaine. Pour rayonner et participer pleinement au renouveau de la foi, la forme extraordinaire du rite romain doit pouvoir être proposée comme un élément à part entière de la vie paroissiale – et osons le dire sa meilleure part, sans nier la bonne foi et la bonne volonté des fidèles "ordinaires" – et pas comme une spécialité, un privilège ou une concession réservée à une élite ou à un ghetto !

4) « Dans la messe traditionnelle nous sommes enfin arrachés à nous-mêmes », dit très joliment Anne. Elle exprime ainsi, indirectement, la critique la plus immédiate faite à l'endroit de la messe ordinaire : celle d'être une messe véritablement "ordinaire" qui, aussi bien célébrée soit-elle, reste très – trop – liée aux choses de la terre et du monde. Dans le même temps, elle identifie très justement ce qui est l’essence de la liturgie et que l’on trouve dans la messe traditionnelle : arracher nos âmes aux pesanteurs de la terre pour leur faire goûter aux saveurs du ciel.

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