Notre lettre 1342 publiée le 13 mars 2026
QUE SE PASSE-T-IL
DANS LE DIOCÈSE DE NÎMES ?
La fermeture en urgence d’une école musulmane illégale près d’une des mosquées d’Alès, dans l’ancien secteur minier du nord du Gard, en janvier dernier, en dit plus long sur les réalités ecclésiales et sociologiques du plus méridional des départements cévénols qu’une longue présentation. Jadis façonné par l’opposition entre catholiques et protestants – dont les deux citadelles, sans intérêt militaire, d’Alès et Nîmes sont les témoins, comme la grandeur des temples protestants des deux villes, le diocèse de Nîmes glisse peu à peu vers l’indifférence religieuse et l’islam. Néanmoins après le long hiver de l’épiscopat de Mgr Wattebled (2001-21) une timide reprise se dessine ; le diocèse porte cependant toujours en poids les errements et les problèmes du passé.
Un des rares diocèses qui ne publie plus ses comptes
Le diocèse de Nîmes est aussi un des très rares en France – avec Sens Auxerre et Valence – à ne pas publier ses comptes, et ce depuis l’exercice 2022 – ce qui rappelle l’époque où Mgr Brouwet était à Tarbes et où le diocèse se contentait, au lieu du rapport du commissaire aux comptes exigé par la loi, de publier royalement quatre pages de comptes bruts, sans en-tête, sans précisions, sans contexte.
Les derniers comptes parus pour l’exercice 2022 font état de 1.6 millions d’euros de déficit structurel cette année, et 1.5 millions d’euros en 2021. Une fois ajouté le résultat financier - 620.000 euros en 2022, 748.000 en 2021, et les charges, le diocèse est quand même déficitaire – de 794.000 euros en 2022, 1.1 millions d’euros en 2021.
La vente récente de l’église du Martinet à des privés – après que la FSSPX ait refusé de la reprendre, dans le nord minier du Gard, montre que le diocèse cherche à se rééquilibrer en vendant ce qu’il peut – d’après nos informations il ne s’agit pas du seul bien diocésain à vendre. Du reste, les congrégations présentes dans la région font pareil – comme les Lazaristes qui ont cédé leur site de Primecombe 450.000 euros au printemps 2025.
D’autres églises sont à l’abandon et suscitent les convoitises – ainsi de l’église de la Vernarède, ni désaffectée, ni execrée pourtant, mais inutilisée depuis un quart de siècle, qui a été littéralement pillée cet été – après s’être (un peu) obstinée, la communauté d’Avignon qui avait arraché jusqu’aux boiseries et aux fonts en vue d’une installation à Nîmes hors de tout cadre diocésain a fini par devoir tout remettre dans un camion et rendre, en présence de l’économe diocésain, et avec ses plus plates excuses – ainsi qu’une enquête ouverte par le parquet d’Alès.
Une timide reprise des vocations
Marqué par le long hiver de l’épiscopat du glacial Mgr Wattebled – sa froideur toute calaisienne a découragé de nombreux prêtres un tant soit peu classique – le diocèse, depuis l’arrivée de Mgr Brouwet, connaît une timide renaissance. Si jusque là c’étaient les Cévennes qui « tenaient la baraque » et étaient les plus forts contributeurs au denier malgré le désintérêt des évêques de Nîmes – c’est loin, haut, et les locaux ont du caractère – en 2024 il y a enfin eu une ordination, la première depuis des années, et une entrée au séminaire de Toulouse en première année ; en septembre 2026 deux entrées sont attendues en propédeutique à Aix.
Les deux entrants viennent de la paroisse de Nîmes centre, et il est rassurant de constater que la cathédrale est presque pleine, quant à la messe du dimanche soir à Saint-Paul, très classique, elle fait le plein ; l’église Saint-Charles, qui jouxte l’évêché, est en revanche touchée par une crise interne, au point, selon nos informations, que le desservant a menacé de ne plus venir. Bastion historique des Assomptionnistes, l’église Sainte Pérpétue face aux arènes est aussi pleine – en revanche l’immense église Saint-Baudile, néogothique, est presque de trop – il n’y a plus qu’une messe anticipée du samedi, et des messes en semaine.
« Il y a toujours eu un vivier favorable à Nîmes, avec la Légion et la bourgeoisie locale », constate un des prêtres, « néanmoins il y a beaucoup de turn-over, et sous le prédécesseur de Mgr Brouwet toutes les initiatives étaient découragées ». Nîmes compte aussi, avec l’œuvre de l’Etoile située en banlieue au sud de l’agglomération, une des rares chapelles non una cum du Midi de la France – à l’ouest il n’y en a pas jusqu’à Carmaux dans le Tarn (abbé Lafitte) et Toulouse, à l’est jusqu’à Aix, et au nord jusqu’à Lyon et l’Isère.
Sainte-Eugénie, unique messe diocésaine traditionnelle du Gard
Ce regain profite aussi à la communauté traditionnelle de sainte Eugénie, d’abord desservie par des prêtres diocésains (dont le regretté abbé Bourguin à la Calmette), puis après le refus de Mgr Wattebled de voir la FSSP s’installer, par un prêtre de l’ICRSP venant de Montpellier seulement pour la messe – ni sacrements, ni catéchisme – en vertu d’une convention tacite renouvelée tous les ans.
Sans guère de perspectives, la desserte n’encourage pas l’ICRSP à y mettre quelqu’un à plein temps – ainsi, depuis cinq ans, plusieurs prêtres s’y sont succédés, en attente d’une mutation plus lointaine ou en cours de soins.
Depuis début février, la messe du 1er samedi du mois a été accordée – seulement parce que Mgr Brouwet tient à faire célébrer ce jour ci des messes pour le Sacré-Cœur, mais il est difficile de trouver des curés qui ont le temps – au point que la reprise de la desserte de Sainte-Eugénie envisagée fin 2025 par le diocèse a été refusée par plusieurs des curés pressentis, pour divers motifs, distance, difficulté d’apprendre le rite tridentin ou même refus pour et simple pour des curés retraités de revenir en service actif.
Néanmoins ces dernières années des familles alternent entre la paroisse cathédrale et Sainte-Eugénie, portant les effectifs à une centaine de fidèles. D’autres paroissiens viennent de l’islam – un vrai enjeu pastoral pour le Gard en particulier et le pourtour de la Méditerranée en général.
Cependant toutes les autres demandes de messes traditionnelles dans le diocèse – notamment dans les Cévennes depuis la disparition du curé d’Alzon en 2014, ou à Alès – sont systématiquement ignorées. A Alès, la FSSPX s’est fait donner une maison à l’entrée est de la ville contre l’obligation d’y aménager une chapelle – une cinquantaine de fidèles s’y pressent depuis l’automne 2019, principalement des convertis, voire des personnes qui avaient cessé depuis longtemps toute pratique, amis des donateurs. Six ans plus tard, plutôt que d’autoriser une messe diocésaine – ça ne fait jamais qu’un demi-siècle que les locaux la demandent ! – le diocèse a choisi de banaliser les soutanes dans la cité de la paix d’Alais en faisant venir la communauté Saint-Martin.
Par ailleurs, bien que Mgr Brouwet ait plutôt une image de conservateur, selon nos informations, son conseil presbytéral aurait refusé récemment que la FSSP acquière une maison dans le diocèse.
Des problèmes graves hérités du passé, un évêque qui regarde ailleurs ?
Néanmoins on peut raisonnablement s’inquiéter pour l’avenir du diocèse, et pas seulement car il ne publie pas ses comptes. Cinq ans après son arrivée, Mgr Brouwet semble s’être lassé de son diocèse et laisse son vicaire général – hérité de son prédécesseur – gérer les affaires courantes. « Quand il fait des journées pour les prêtres, il nous dit ‘’faites faire vos enterrements par les laïcs mais venez’’, constate un prêtre du diocèse. « Tout ça pour l’entendre disserter, mais on n’a pas le droit de poser des questions. Il se coupe peu à peu de nous ».
Au point que certains prêtres auraient écrit au nonce, inquiets des bruits qui feraient renoncer à Mgr Brouwet à son siège de Nîmes pour retrouver une place d’auxiliaire en région parisienne – le même mouvement que Mgr Brac de la Perrière de Nevers vers Lyon – après que des centaines de photos inconvenantes pour un ecclésiastique aient été découvertes sur son ordinateur – et Mgr Batut de Blois à Toulouse – juste après avoir signé un devis du réaménagement du chœur de la cathédrale pour lequel le diocèse blésois n’avait pas le premier sou, mais du Midi vers le nord.
Pour tenter de recoller les morceaux, Mgr Brouwet aurait invité les prêtres aux Saintes-Maries de la Mer… et se rend disponible un jour par mois pour recevoir « tous les prêtres qui en font la demande à n’importe quel moment de l’année ». Soit les 9 janvier, 4 février, 12 mars, 7 avril et ainsi de suite. Un jour par mois, pour 94 prêtres séculiers, 15 réguliers, 25 diacres permanents et 99 écoles (en 2024), c’est peut-être pas assez…
Par ailleurs plusieurs prêtres du diocèse qui ont émaillé la chronique – canonique ou criminelle – sont toujours en place. Ainsi d’André Chapus, prêtre à la retraite qui a béni une union homosexuelle au printemps 2022 – il aurait tout de même été dument chapitré en privé. De l’abbé Bertrand Daudé, qui s’était fait passer pour une jeune fille afin d’avoir des photos dénudées d’adolescents, condamné à 3 ans dont 18 mois avec sursis en 2021 mais relaxé en 2022 dans un dossier distinct pour attouchements – après avoir passé une formation de droniste et enregistré son entreprise au sanctuaire de Rochefort du Gard, il a été recasé comme archiviste et au service d’une communauté religieuse au nord-est du diocèse – ce qui tranche quelque peu avec le communiqué de 2022 du diocèse qui affirmait qu’il n’avait « aucune mission pastorale dans le diocèse de Nîmes ».
Le successeur de l’abbé Daudé à Vezenobres, le père Alain Bisson, a lui-même été condamné en janvier 2023 à six mois de prison avec sursis – et cinq ans d’interdiction de contact avec des mineurs – après une agression sexuelle sur un mineur. Et on ne s’étonnera pas que la radio diocésaine – Radio ecclesia – soit animée depuis 1983 depuis la communauté des Béatitudes à Pont-Saint-Esprit, au nord-est du diocèse. Le directeur de la radio – et diacre – était aussi le berger de ladite communauté en 1979, lorsqu’une novice s’est pendue dans le couvent, et que son suicide a été transformé en mort mystique. Vous avez dit « faire de l’Eglise une maison sûre » ? Le diocèse de Nîmes, quatre ans et demi après la CIASE, n’est peut-être pas au courant…




