Notre lettre 612 publiée le 20 septembre 2017

EXCLUSIF : LES RÉSULTATS DE NOTRE SONDAGE 2017 AU BRÉSIL

Pour la première fois, notre campagne d’enquêtes sort des frontières de l’Europe. La direction choisie est le Brésil. Pays le plus peuplé et le plus vaste d’Amérique latine, il tient une place particulière dans l’histoire liturgique moderne puisque c’est là qu’un évêque refusa la réforme liturgique et conserva l’usage des livres liturgiques antérieurs pour tout son diocèse jusqu’à sa retraite en 1981. Il s'agissait de Mgr de Castro Mayer, évêque de Campos.

Les résultats de ce sondage ont été présentés le week-end dernier à Rome, en marge du pèlerinage du peuple Summorum Pontificum, lors de l'assemblée de la Fédération internationale Una Voce.



À gauche, la couverture de notre brochure en portugais sur notre campagne de sondages internationaux. À droite, Mgr de Castro Mayer aux côtés de Mgr Lefebvre lors des ordinations sacerdotales au séminaire argentin de la FSSPX en 1986.

I – AU PAYS DE MGR DE CASTRO MAYER

Au lendemain du concile Vatican II, un seul évêque résidentiel au monde refusa nettement les livres liturgiques promulgués par Paul VI : Mgr Antonio de Castro Mayer, évêque de Campos, petit diocèse au nord de l’État de Rio de Janeiro. Ce refus, « le lion de Campos » l’opposa non pas pour lui mais pour tout son diocèse. Du coup, jusqu’à sa résignation en 1981, le missel de saint Grégoire-le-Grand, de saint Pie V et de saint Jean XXIII demeura effectivement et légalement en usage pour les prêtres et les fidèles du diocèse. De la résistance de Mgr de Castro Mayer – qui participera ensuite, en 1988 à Écône, avec Mgr Lefebvre, aux sacres de quatre évêques sans mandat pontifical – naîtra l’Administration apostolique personnelle Saint-Jean-Marie-Vianney, reconnue par Rome en 2001 et dont la juridiction correspond au territoire du diocèse de Campos.

Le Brésil, c’est aussi la terre de Plinio Correia de Oliveira, fondateur du mouvement TFP (Tradition Famille Propriété). D'une opposition à la nouvelle liturgie solidement fondée (*), la TFP a, à la mort de son fondateur, connu plusieurs scissions desquelles sont nées de nouvelles associations qui, à l'image de l’association Montfort, ont souvent conservé la liturgie tridentine et constituent aujourd'hui des foyers, laïcs, œuvrant à sa préservation et à sa transmission.

On trouve aussi au Brésil une fondation de l'abbaye Sainte-Madeleine du  Barroux, le monastère de la Sainte-Croix, à Nova Friburgo : après s'être séparé du Barroux après 1988, son supérieur a ensuite suivi Mgr Williamson qui l'a consacré évêque en 2016.

En fait, à bien des aspects, il y a des analogies entre le Brésil et la France : dans un pays comme dans l’autre, l’amplitude des dérives doctrinales, pastorales et liturgiques a donné lieu à de multiples résistances allant dans le sens de la défense de l’orthodoxie doctrinale et de la tradition liturgique. La proximité des intellectuels brésiliens d’hier, spécialement des intellectuels catholiques, avec la culture française, et inversement – nous pensons à Georges Bernanos cherchant au Brésil le parfum d’une jeune terre chrétienne qu’il ne retrouvait plus dans une France avachie – a en outre pu favoriser des similitudes de parcours. Ainsi, c’est assurément à la personnalité de Gustave Corçao (1896-1978), un des maîtres de l’école catholique conservatrice, contributeur régulier de la revue Itinéraires de Jean Madiran, qu’est due la fondation d'un monastère à Nova Friburgo par Dom Gérard.

Poser au Brésil la question de la forme extraordinaire romain nous semblait un complément naturel de nos enquêtes européennes.

I – LES RÉSULTATS

Sondage effectué par Conecta du 2 au 14 juin 2017 selon la technique des Panels en ligne sur un échantillon de 1032 catholiques sur 3259 internautes brésiliens (1)

1 : Assistez-vous à la messe ? (1)
Chaque dimanche et fêtes : 33 %
Tous les mois : 20 %
Aux fêtes solennelles : 9 %
À l’occasion : 38 %

2 : Le Pape Benoît XVI a rappelé il y a 10 ans que la messe pouvait être célébrée à la fois sous sa forme moderne dite « ordinaire » ou « de Paul VI » – en portugais, le prêtre faisant face aux fidèles, la communion reçue debout – et sous sa forme ancienne dite « extraordinaire » ou « de Jean XXIII » – en latin et grégorien, le prêtre tourné face à l’autel, la communion reçue à genoux. Le saviez-vous ?
Oui : 41 %
Non : 59 %

3 : Considéreriez-vous comme normal ou pas normal si les deux formes liturgiques – celle moderne, dite « ordinaire », en portugais, et celle traditionnelle, dite « extraordinaire », en latin et en grégorien devaient être célébrées dans VOTRE paroisse ?
Normal : 49 %
Pas normal : 35 %
Ne se prononcent pas : 16 %

4 : Sans se substituer à la messe en forme ordinaire, si la messe en forme extraordinaire était célébrée dans VOTRE paroisse, y assisteriez-vous ?
Chaque semaine : 27 %
Tous les mois : 22 %
Aux fêtes solennelles : 13 %
À l’occasion (mariages, baptêmes...) : 29 %
Jamais : 9 %

(1) Les personnes sondées appartiennent à la part de la population brésilienne ayant accès à Internet, soit seulement 62 % de la population.

II – UNE EXTRAORDINAIRE OUVERTURE

Dans le pays qui est le berceau de la théologie de la libération, où le degré d’idéologisation du catholicisme est sans doute comparable à celui du catholicisme allemand, on pouvait s’attendre à une opposition marquée à la liturgie latine et grégorienne : il n’en est rien. Comme toujours l’idéologisation concerne plus les élites auto-proclamées que le peuple des croyants. Si 6 catholiques brésiliens sur 10 n’ont pas entendu parler du motu proprio de Benoît XVI, 1 sur 2 trouverait néanmoins normale la coexistence des deux formes du rite romain dans sa paroisse et 1 sur 10, seulement, ne souhaite pas   y participer.

Le détail des résultats, que ce soit par classe d’âge, catégorie sociale ou région d’origine, est homogène et entre 23 % (parmi la classe sociale A, soit l’élite économique du pays) et 31 % (parmi les catholiques âgés de 35 à 54 ans) des catholiques se déclarent prêts à faire de la forme extraordinaire de la messe leur forme liturgique préférentielle chaque semaine. Au total, 49 % de l’ensemble des catholiques assisteraient au moins une fois par mois à la forme extraordinaire si celle-ci était célébrée dans leur paroisse.

III – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) 35 % de catholiques ?
Le sondage donne 35% de catholiques alors que le recensement de 2010 donnait le chiffre de 64 %. Comme nous l'a expliqué la chargée d'études de l'institut de sondage, le taux de catholiques pratiquants mesuré en ligne est inférieur à celui de la population totale en raison de sa spécificité (plus urbain, plus instruit, plus riche). Ce chiffre est toutefois le signe que la grande agressivité des sectes protestantes continue de détacher toujours plus la population du catholicisme.
Dans tous les cas, cela ne change rien à notre propos dans la mesure où la grande homogénéité des réponses qu'indique le résultat détaillé par classe d’âge, par région ou par classe sociale, laisse penser que le résultat d’une enquête « hors ligne » n’eut pas différé de celui obtenu.

2) Un catholicisme en quête de sacré
La Croix écrivait au moment des JMJ de Rio en 2013 : « De nombreux fidèles vont chez les catholiques pour manger et chez les évangéliques pour prier ». Cette phrase résume dramatiquement la faillite du catholicisme au pays de la théologie de la libération et des communautés ecclésiales de base.
Selon les recensements de l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE), le Brésil comptait 92 % de catholiques en 1970, 84 % en 1991, 74 % en 2000 et plus que 64 % en 2010. Sachant qu’il y avait 99 % de catholiques dans le pays en 1872, date du premier recensement national, cela signifie que la proportion de fidèles est restée stable durant un siècle avant de s’écrouler depuis une date qui coïncide avec l’avènement de la réforme liturgique et des errements postconciliaires. Pourtant, avec plus de 270 diocèses et plus de 300 évêques, le Brésil continue d’apparaître comme une pièce forte du catholicisme mondial.
Ce que notre sondage illustre c’est que ce qu’il reste de catholiques dans le pays est ouvert à l’enrichissement liturgique permis et voulu par Benoît XVI. Les catholiques les plus sociaux ayant rejoint le champ politique ou syndical, les plus émotifs ayant apostasié pour l’une des nombreuses sectes évangélistes qui pullulent dans le pays et les plus superficiels ayant plongé dans l’indifférence relativiste, ceux qui subsistent continuent de chercher au sein même de l’Église la satisfaction des besoins de leur âme. Et, comme partout dans le monde, cette quête identitaire passe par un retour au sacré, au silence, à l’adoration.

3) Les catholiques brésiliens, comme tous les catholiques du monde...
… sont donc favorables à une extension de l'accès à la liturgie latine et grégorienne. La moitié des pratiquants trouveraient normal que cette messe soit célébrée dans leur propre paroisse. Et si cela était le cas, 27 % y assisteraient chaque dimanche, ce qui place le Brésil entre l'Allemagne (25 % en 2010) et l'Espagne (27,4 % en 2011). Au Brésil, comme partout dans le monde, cinquante ans après la réforme liturgique, l'importance de la demande de la forme extraordinaire signe l’échec d'une reforme liturgique non souhaitée par une large part des fidèles catholiques...mais imposé par la force.

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(*) Voir : Arnaldo Xavier da Silveira, La Nouvelle messe de Paul VI : qu’en penser ? (Diffusion de la Pensée Française, Chiré-en-Montreuil, 1975).

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