Notre lettre 690 publiée le 9 avril 2019

UN GRAND DÉBAT CATHOLIQUE DANS LA BOUCLE DE LA SEINE, AU DIOCÈSE DE VERSAILLES

Nous poursuivons aujourd’hui notre enquête auprès des fidèles de la Boucle de la Seine pour lesquels nous avions fait réaliser par un institut professionnel indépendant une enquête d’opinion en 2018. Nous avons présenté les résultats de ce sondage dans notre lettre 670 du 27 novembre 2018. Ils nous ont semblé tellement significatifs que nous avons entrepris une démarche d’amitié et de dialogue auprès des paroissiens de la Boucle pour leur faire connaitre les résultats de cette enquête et écouter leurs réactions. Aujourd’hui cette action de sensibilisation est terminée et nous avons demandé à Marc et Marie-Hélène Bouhier de nous présenter une sorte de bilan de cette sorte de « Grand débat » de sensibilisation.




Q – Comment avez-vous entrepris votre démarche ?

R - Nous avons rédigé un texte court mais complet qui reprend sans polémique les résultats de l’enquête de 2018 – Voir ce document en cliquant ici - que nous avons décidé d’aller distribuer à tous les fidèles pratiquants de la boucle à l’entrée ou à la sortie des célébrations dominicales.


Q – Vous êtes allés dans toutes les paroisses ?

R - En effet entre novembre et décembre 2018 nous sommes allés au contact de nos frères catholiques de la Boucle lors de la totalité des 17 assemblées dominicales, le plus souvent une fois mais parfois deux ou trois fois car nous avons rapidement vu que la pratique de nombreux fidèles étant plutôt mensuelle qu’hebdomadaire. Pour beaucoup de fidèles il était parfois nécessaire de revenir une seconde fois pour aller à la rencontre d’un plus grand nombre de nos frères.


Q – Comment avez-vous été reçus ?

R- Pour faire simple nous avons retrouvé dans l’accueil qui nous a été réservé ce que l’enquête de 2018 nous avait révélé.


Q – Qu’est-ce à dire ?

R- L’enquête révèle que 27% des catholiques pratiquants du doyenné assisteraient volontiers à la messe célébrée selon la forme extraordinaire si celle-ci était célébrée dans leurs paroisses et ajoutons que 12 autres pourcent y assisteraient une fois par mois. Eh bien ces fidèles, désireux de vivre leur foi catholique au rythme de la liturgie traditionnelle, nous les avons rencontrés avec leurs sourires, leur soutien et leur enthousiasme, ceci en précisant que nous ne connaissions pas la plupart d’entre eux.


Q – Combien de famille êtes-vous actuellement à solliciter concrètement la messe traditionnelle dans la boucle ?

R – Avant cette opération nous étions 38 familles à partager ce désir (ce qui représente plus de 100 fidèles) mais lors de cette opération de dialogue nous avons rencontré plusieurs dizaines de familles nouvelles qui ont souhaité se joindre à nous d’une manière explicite en nous fournissant leurs coordonnées ou leurs mèls.


Q – En dehors de cet accord d’adhésion, quel fut l’accueil du plus grand nombre ?

R – Là aussi il fut ce que nous avait indiqué le sondage qui révélait que 65 % des fidèles trouvaient « normale » la célébration des deux formes du rite dans leur paroisse. Ces fidèles que nous pouvons nommer « du bon accueil » nous les avons vus en grand nombre, polis, aimables, souriants, même si parfois ils nous disaient courtoisement ne pas être eux-mêmes demandeurs de ce type de célébration. Mais beaucoup de ces fidèles ont trouvé tout à fait normale notre démarche et parfois même un peu plus.


Q – Qu’est-ce à dire ?

R – Je pense à ce fidèle du Vésinet qui nous a parlé et nous a écrit « A l’approche de la semaine de l’unité, j’apprécierais de pouvoir me rapprocher de gens comme vous dans ma paroisse afin d’y prier en commun. Car je suis étonné chaque année des efforts qui sont faits dans nos paroisses pour rassembler des catholiques avec des protestants, des anglicans, ou des orthodoxes presque introuvables, et qu’on ne songe pour ainsi dire pas à réunir des catholiques de sensibilités différentes qui ne se fréquentent pas, ou très peu ».


Q – Vous avez rencontré des oppositions ?

R- Les temps changent… Lors de nos précédentes actions et notamment lors de notre participation au Synode diocésain en 2011 nous avions rencontré des réactions dures, parfois violentes, de la part des opposants à notre demande. Cette fois-ci les oppositions ont été très rares et très limitées même si parfois elles étaient plus proches de l’insulte que du dialogue entre frères.


Q – Que voulez-vous dire par là ?

R – Quand une vielle dame aboie « Retournez chez Lefèvre ! » ou qu’une autre en froissant notre dépliant nous affirme « Jamais ici ! » nous pouvons craindre que les paroles généreuses du Pape François qu'il avait prononcé le 18 mai 2014 devant les fidèles réunis Place Saint-Pierre que nous avions diffusées en 2014 ne soient pas encore bien entendues. 




Mais l’essentiel est surtout que ce type d’attitude d’un autre temps (permettez-moi de dire d’un autre millénaire) a été très rare et pas représentatif de l’accueil que nous avons rencontré auprès de nos frères du doyenné.


Q – Avez-vous rencontré le clergé de la Boucle au cours de vos visites ?

R - Un peu, et les contacts ont été divers ; de la courtoisie rapide à des attitudes moins bienveillantes. Le contact qui nous a le plus étonné fut celui que nous avons eu avec un prêtre de la Boucle qui nous a affirmé qu’il connaissait bien la forme extraordinaire, qu’il l’aimait et qu’il la célébrait. Cela nous a permis de lui demander pourquoi il ne la célébrait pas dans l’une des églises de la Boucle au profit des fidèles qui le demandent depuis au moins le motu proprio de 2007… Mais il ne nous a pas répondu car il avait déjà tourné ses talons… Cette rencontre nous a semblé prophétiquement merveilleuse.


Q- Pourquoi ?

R – Et bien il faut savoir que parmi les nombreuses objections qui sont faites aux demandeurs, l’une des plus fréquentes est qu’il ne se trouve pas dans la ou les paroisses concernées de prêtres qui sachent célébrer la messe traditionnelle. Or cette rencontre nous a indiqué explicitement qu’au moins un prêtre du doyenné – en fait il y en a plusieurs - connaissait ET aimait la liturgie extraordinaire, ce qui élimine cette peu franche et honnête objection.


Q – Cela veut-il dire que le clergé du doyenné est globalement hostile à la célébration extraordinaire ?

R – C’est plus complexe… Prenons l’événement de 2007, où par son Motu Proprio  le pape Benoit a affirmé la légitimité de la messe traditionnelle. Cette décision n’a pas été totalement occultée dans les paroisses. Prenons le cas de celle de Croissy, dont nous reproduisons la feuille paroissiale du 30 septembre 2007. Nous y lisons l’annonce de ce souhait du pape de voir célébrer désormais des messes traditionnelles pour les fidèles qui le demanderaient. Les prêtres du doyenné l’on déjà anticipé en proposant à ceux qui le désirent d’aller… A Port-Marly dans l’Eglise Saint-Louis confiée par l’évêque à l’Institut du Christ-Roi ou même à Saint-Germain du Chesnay ! Pourquoi pas, à Paris ?




Q – Les prêtres ne souhaiteraient donc pas que ces fidèles restent dans leurs paroisses ?

R – Ils prétendent que c’est le désir de ces fidèles : on entend couramment affirmer que les fidèles attachés à la messe traditionnelle souhaitent vivre leur vie chrétienne en ghetto. La plupart des réponses – des réponses franches – émises par les prêtres du diocèse qui répondent aux sollicitations des demandeurs va dans ce sens.


Q – N’exagérez-vous pas ?

R- Je vous cite in extenso la réponse de l’un des curés de la boucle au groupe de demandeurs qui ont sollicité une célébration dans leur paroisse : « La Messe selon le missel de Jean XXII étant célébrée chaque dimanche à proximité de Chatou, il me semble que la poursuite de votre participation à la vie de la communauté de Port-Marly reste la meilleure façon de répondre à votre légitime aspiration ».


Q- Allez faire communauté ailleurs, en somme !

R- Tout à fait. Il y a aujourd’hui un décalage évident entre les prêtres (et les évêques), d’une part, et les catholiques pratiquants, d’autre part. En 2019, les catholiques qui pratiquent encore sont soit traditionnels, soit ouverts à la liturgie traditionnelle, alors que leurs pasteurs appartiennent encore largement au vieux monde.


Q – Qu’allez-vous faire maintenant ?

R – Notre action à la rencontre de nos frères du doyenné nous a montré que la vraie paix est possible. Aussi allons–nous continuer à faire connaitre notre désir peut-être en organisant des réunions de prières.


Q – Pourquoi ne feriez-vous pas circuler une supplique qui pourrait-être signée par toutes ces personnes que vous avez rencontrées ?

R – Ce n’est pas notre intention actuellement car nous savons que ce type de démarche n’est pas bien accueillie par nos pasteurs. Nous préférons qu’ils soient conduits à un processus de paix, par exemple en organisant une réunion sur ce sujet qui serait proposée à tous les fidèles de la Boucle afin que s’instaure un dialogue dans la charité.


Q – Avez-vous bon espoir ?

R - Bien sûr, car il est impossible que nos paroisses restent repliées sur elles-mêmes dans une attitude qui n’est plus en phase avec le catholicisme d’aujourd’hui.


Q – Alors, quel avenir ?

R - Un avenir de paroisses redevenues plurielles, où les paroissiens puissent, chacun dans leurs sensibilités, participer à la vie commune et œuvrer ainsi fraternellement à la ré-évangélisation si nécessaire aujourd’hui.


Q – Un mot pour finir ?

R - Ce qui nous a le plus marqués, au cours de nos démarches, c’est d’observer que nombreux sont ceux qui viennent à l’église à pied ou en vélo, car ils habitent à proximité de leurs églises paroissiales, et qu’ils se connaissent - voisins, amis, parents. Ce qui justifie que ceux d’entre eux qui veulent participer à la messe traditionnelle puissent le faire chez eux, ou en tout cas près de chez eux, dans la Boucle, et pas à l’extérieur comme s’ils étaient des pestiférés n’aspirant qu’à vivre aux ghettos : ils sont, nous sommes, des paroissiens du doyenné de la Boucle. Nous désirons, ils désirent, vivre la foi catholique au rythme de la forme extraordinaire dans la Boucle, au sein de leurs voisins et amis, dans leur milieu catholique propre.

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