Notre lettre 501 publiée le 20 juillet 2015

Summorum Pontificum au Chili

Parmi les quatre nouveaux diacres ordonnés pour le compte de l'Institut du Bon Pasteur cette année (deux en France, deux au Brésil) figure un Chilien, l'abbé Adolfo-Andrès Hormázabal. Cette ordination et la présence, dans le diocèse de Fréjus-Toulon, de la Fraternité de saint Joseph Gardien, fondée au Chili et en charge de la paroisse de La Londe-les-Maures où ses prêtres offrent les deux formes du rite romain, ont contribué à attirer notre attention sur le premier congrès Summorum Pontificum organisé cette semaine à Santiago du Chili.

C'est le cardinal Medina Estévez. préfet émérite de la congrégation pour le Culte divin, qui prononcera la première conférence de ces trois journées alliant exposés et ateliers liturgiques. L'organisation de ce congrès repose en partie sur l'association culturelle Magnificat, antenne chilienne d'Una Voce.

Pour en savoir plus sur ce rendez-vous et l'application de Summorum Pontificum au pied de la cordillère des Andes, nous avons posé quelques questions au père Carlos Gabriel Bolelli Serra, ordonné en 2000, licencié en théologie spirituelle à Rome (Grégorienne) et coordinateur de ces journées.



Procession de la Fête-Dieu 2015 dans la paroisse de l'abbé Bolelli.

1) Y a-t-il eu un effet Summorum Pontificum au Chili ?

Abbé Bolelli : Sans aucun doute, même si la situation est très différente d'un endroit à l'autre du pays, dans la mesure où celui-ci s'étire sur près de 5000 km du nord au sud. Heureusement, Internet et les réseaux sociaux nous permettent de faire connaissance et de partager nos expériences.
Pour l'heure, la réalité du motu proprio au Chili est celle d'une lente mais réelle croissance soutenue par de nombreux efforts. Les jeunes sont très curieux et ont beaucoup de questions mais, aussi, grâce aux ressources disponibles en ligne, une vraie connaissance de Summorum Pontificum tandis que les personnes plus âgées expriment surtout le désir de la messe et des sacrements.
Le Chili compte 24 diocèses dont un sur trois abrite un lieu de messe traditionnelle. Huit messes dominicales hebdomadaires diocésaines existent tandis que la Fraternité saint Pie X dispose d'un prieuré à Santiago qui dessert quatre apostolats réguliers.
Cinq des huit messes dominicales sont célébrées dans la région de Santiago, ce qui montre à la fois qu'une demande latente existait avant Summorum Pontificum (certaines célébrations ont commencé dès l'entrée en vigueur du motu proprio) mais aussi qu'il reste beaucoup à faire ailleurs.
Ce congrès est la première occasion que nous avons de nous retrouver pour prier, nous former et envisager ensemble de futurs projets.

2) Quand et comment avez-vous connu la liturgie traditionnelle ?

Abbé Bolelli : Je suis né en 1965, à la fin du concile, et ai grandi avec des prêtres et des catéchistes qui nous disaient que bien des choses reçues du passé nous éloignaient de l'évangile. Enfant, ce vent de réforme générale me laissait toutefois perplexe car je me demandais alors comment nos ancêtres avaient fait pour nous transmettre une si belle foi et ce que faisait le Saint-Esprit avant le concile ?
Par la suite, j'ai écouté et lu beaucoup de personnes qui expliquaient que la richesse de la vie de l'Église reposait sur le dépôt de la foi et, en particulier, sur la liturgie. J'ai commencé à regarder les textes du concile et vu qu'ils exprimaient clairement que la liturgie devait être objet de grand soin y compris dans ses éléments les plus traditionnels, comme le latin et le grégorien.
De fait, comment pourrait-on abandonner ce qui a été objet de tant de révérence et d'études et a produit tant de fruit ?
Aussi, au lendemain du motu proprio de Benoît XVI, j'ai beaucoup lu, discuté et étudié – profitant notamment des tutoriels que l'on trouve sur Internet – et j'ai été convaincu de la grandeur et de la complémentarité des deux formes de l'unique rite romain.
J'ai appris à célébrer selon le missel de saint Jean XXIII avec l'aide de deux prêtres amis et de deux jeunes fidèles qui connaissaient et aimaient la liturgie traditionnelle.

3) La célébration de la forme extraordinaire a-t-elle une influence sur votre façon de célébrer la forme ordinaire ?

Abbé Bolelli : Je célébrais selon le missel de Paul VI depuis 10 ans quand j'ai commencé à célébrer selon celui de saint Jean XXIII, il y a quatre ans.
Dans ma paroisse, nous avons la forme ordinaire le dimanche à 10 heures puis, à midi, la forme extraordinaire que j'ai commencé à dire à la demande d'un petit groupe de fidèles qui, depuis, s'est étoffé.
La forme extraordinaire m'a fait comprendre que les trésors de la liturgie ne s'épuisent jamais et je constate que ma vie spirituelle et pastorale s'enrichit chaque jour davantage grâce à la célébration de l'une et de l'autre forme de notre rite latin. En un sens, je peux dire que je fais l'expérience quotidienne de cet « enrichissement mutuel » auquel nous invitait Benoît XVI.

4) Quelle est la situation de l'Église au Chili ?

Abbé Bolelli : La triste réalité est que nous sommes portés à copier le style européen sans filtrer les bonnes des mauvaises choses. L'individualisme progresse dans le cœur des gens et le souci du prochain se perd. Du coup, les vocations, tant au service de la communauté que de l'Église, font défaut.
Là encore, l'étendue du pays compte et les situations diffèrent. Dans mon diocèse (La Serena, au nord de Santiago, ndlr), nous sommes 80% de catholiques et il y a encore un prêtre pour 8 000 catholiques.
Ce dont je peux témoigner, en ce qui concerne le sujet qui nous intéresse – la liturgie –, c'est que la plupart de ceux qui s'y intéressent sont ouverts à ce qu'enseigne l'Église et, donc, n'ont pas d'hostilité envers la liturgie traditionnelle. Au niveau de ma paroisse, j'observe que le groupe à l'origine de la messe Summorum Pontificum s'est étoffé au fil des ans. Ce groupe organise ses propres initiatives (comme des retraites par exemple) et a recours aussi aux autres sacrements dans leur forme traditionnelle. Régulièrement, toutefois, les deux communautés paroissiales (celle liée à la forme ordinaire et celle liée à la forme extraordinaire) se retrouvent pour des activités communes et ces circonstances sont à chaque fois de belles occasions d'enrichissement réciproque.

5) À propos des vocations : savez-vous si la forme extraordinaire est enseignée dans un séminaire chilien ?

Abbé Bolelli : Pas à ma connaissance. Un séminariste me racontait récemment qu'il avait posé la question à son directeur qui lui a répondu laconiquement : « Ici, on a choisi la forme ordinaire. » Je pense que, pour l'instant, ce n'est pas à l'ordre du jour mais notre congrès peut contribuer à y suppléer.

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